DECOUVRIR NORRENT-FONTES

Norrent-Fontes, l’« Histoire », la petite histoire, des histoires …

Documents complémentaires


Norrent-Fontes, l’« Histoire », la petite histoire, des histoires …
Bruno Decrock Greeter de la Lys Romane

Chapitre 1

L' « Histoire » …
C'est l'histoire chronologique de la France et de l’Artois actuelle, région où se situe le village de Norrent-Fontes. Il est intéressant, par exemple de savoir que notre commune fit partie, il y a fort longtemps, de la Gaule Belge.

La petite histoire …
Ce sont les petites choses de la grande Histoire, la précédente, celle qui prend un grand « H ». C'est l'Histoire vue par le petit bout de la lorgnette, constituée par les évènements du passé survenus dans notre village, tels que nos ancêtres Norrent-Fontois les ont vécus au fil des siècles. Ces faits n'ont laissé aucune trace dans l'Histoire, et pourtant ils sont avérés. Leur intérêt est essentiellement sociologique : comment vivaient les personnes qui nous ont précédé sur le terroir qui est aujourd'hui le nôtre ? Les Norrent-Fontois d'antan appartiennent à l'Histoire et nous sommes les héritiers d'une partie de leurs connaissances, de leurs croyances, et surtout de leurs us et coutumes. La petite histoire, c'est aussi la présence sur le terroir Norrent-Fontois d'un château, d’une église, d’un ermitage, de commerces, d’artisanat, d’institutions ….

Dans ses différents ouvrages Me André Bavière préface ainsi: « Norrent-Fontes mon village. Dans ce recueil, j’ai réuni pèle mêle tous les renseignements que j’ai pu trouver concernant notre village. Je ne réponds pas toujours de l’exactitude des faits rapportés, mais néanmoins je crois faire œuvre utile en faisant connaitre mon village. Bien des choses restent à découvrir ou à compléter, j’en confie le soin aux générations à venir. » 

Certes, en ce début de vingt-et-unième siècle, le village de Norrent-Fontes n'offre toujours rien de particulièrement curieux ! Rien en tout cas qui puisse se faire déplacer les foules. Cependant, pour qui aime les vieilles pierres, pour qui s'intéresse à l'architecture locale, pour qui ne dédaigne pas les vestiges du passé, Norrent-Fontes mérite le détour.

Des histoires … 
C’est le récit d'aventures réelles ou imaginaires vécues par quelques Norrent-Fontois du temps jadis, en marge et au cœur de l'Histoire de France. Le cadre de vie des personnages et les mœurs de la société villageoise évoqués dans ces portraits sont conformes à ce que l'on sait de l'époque dans laquelle ils sont situés. Ce savoir n'est pas inné, bien sûr, et provient de la lecture de divers ouvrages d'histoire générale. C'est de l'« histoire » anecdotique, certes, souvent ignorée ou négligée par les historiens, mais est-elle pour autant condamnée à l'oubli ? Les Norrent-Fontois du XXIe siècle sont les héritiers des populations qui vécurent sur le terroir actuel, dont certains noms de lieux dits parlent avec éloquence des époques révolues. ….

 Il était une fois... notre village.
Privée de ses archives détruites en 1940 lors de l’occupation allemande, notre commune reste orpheline de son passé. Outre les écrits de Me André Bavière, seuls les témoignages oraux et la mémoire locale subsistent. C’est donc munis de ces quelques éléments, que je vous propose de voyager dans le temps et de mener l’enquête passionnante, qui d’anecdotes en recoupements nous amèneront à mieux découvrir et comprendre le passé de notre commune.
Nous croisons au quotidien, dans les lieux les plus familiers, une multitude d'indices, que souvent nous ne voyons pas, mais qui peuvent nous révéler les différentes étapes de l'histoire de notre village et de l'habitat qu'il abrite. Il suffit pour cela, de disposer de quelques clefs d'observation et un peu de curiosité!
Les premières traces d’occupation humaine du secteur remontent à l'époque gallo-romaine (- 52 avant J.C. à 86 après J.C.). A cette époque, deux toponymies apparaissent: « Norremum » et « Fontenes » pour Fontaines.
Au Xe siècle, sous l'empire des Francs, cette dénomination devient « Norhem » de « Nor » et « Hem » signifiant « Maison du Nord ». Le Chevalier de Beaulieu, sur sa carte note, Fontaine au Rang. « Rang » vient de Rin signifiant canal ou « Tringue », tranchée d'assèchement consolidée par des branchages. (exemple, Rang du Fliers.)



Norrent, en latin Norremum, est nommé Norrem en 1211 et Norenc en 1240 dans une donation à l’abbaye de Mont-St.Martin.

Le hameau de Fontes est connu sous le nom de, Ad fondenis, dans la donation d’Adroald [1] à St. Omer.

Pour essayer de comprendre la naissance de notre commune commençons par un état des lieux environnemental.

Malbrancq [2] rapporte qu’au XVIIe siècle on trouva sur le territoire, proche de la voie romaine (chaussée Brunehaut), un sarcophage de pierre blanche, avec un vase de forme ronde scellé au plomb, et des lacrymatoires de verre mêlés aux ossements. A cette époque, de telles découvertes étaient communes dans les environs et l’on sait que les Romains enterraient leurs défunts qualifiés, le long des grands axes routiers.

A Mazinghem des fouilles archéologiques ont permis de démontrer que le site était déjà occupé à l'époque du néolithique et celle du Moyen-Age, grâce à la découverte vers 1950 lors de l’exploitation de la sablière, d'une nécropole de dix-sept tombes franques, (fin VIe et VIIe siècle) assez riches en armes et poteries, mais peu d’ossements. A Norrent-Fontes, c’est à Waringhem (actuellement SCI de Waringhem, Pruvost Leroy) que les traces humaines les plus anciennes sont remarquées.

En 1973, M Albert Lefranc, alors exploitant agricole de la ferme, entreprenant de nouvelles constructions, mit à jour sept squelettes humains, des tessons, etc. Les fouilles archéologiques, sur ce site protohistorique considéré comme unique au Nord de la France, dégagèrent un très riche dépotoir de céramiques et tessons de l’époque du Hallstatt (VIème siècle avant J.-C.) ainsi que des zones de fours. Une des structures semble être la fondation d’un four de potier, la seconde d’un bas fourneau (fonte du métal). D’autres fouilles de l’endroit, révélèrent un alésoir en silex, des poids de tisserand, des objets et poteries d’époque Gallo-romaine et Carolingienne, des ossements d’animaux et un squelette humain dont la tête reposait sur un coussin de pierre calcaire.

Waringhem  s’avère donc de nos jours, comme le plus ancien site, constamment occupé, de notre commune. Plus récemment l’endroit était nommé « le moulin de Waringhem ». En effet, adossé à l’habitation, l’on pouvait encore apercevoir, jusque la fin du siècle dernier, les vestiges de la roue à aube, les ouvrages du déversoir et des vannes de régulation. La roue de ce moulin à moudre le blé, était actionnée par le courant du Waringhem (plus anciennement le Faucheux), cours d’eau qui prend sa source derrière l’église de Saint Hilaire. Dépendant de la seigneurie de Waringhem, baillage de Lillers et du Comte de Saint Pol sur Ternoise, le moulin connut de nombreux meuniers. (1739 Jean Beauvois, 1745 Jacques Joseph Beauvoix, 1758 Jacques Beauvoix, 1785 Pierre Antoine Beauvoix, 1820 Amand Fidel Duquesne, 1854 Jean Charles Constant Barbier, Hyacinthe Duval, etc. Me André Bavière, dans ses écrits, note que ce moulin fonctionnait encore pendant la guerre 1914 - 1918.
A ce jour il ne reste rien de ces structures anciennes. Gardons à l’esprit quelques détails qui nous aiderons mieux cartographier le paysage de ces époques reculées. Le moulin se trouvait à égale distance du château de Malanoy (Bourecq) et celui de Norrent. La portion actuelle de la départementale 943, qui relie le rond-point de Norrent-Fontes au Plantin, n’existait pas. La route nationale passait alors par Saint Hilaire. Le chemin pour accéder au moulin de Waringhem, démarrait au niveau de l’actuel « Rendez-vous Fermier ». Venant de Lillers nous entamons maintenant la visite, pas à pas de notre commune. La récente départementale 943 a succédé à la nationale N°43, autrefois appelée route ou voie royale. Pourquoi ?, tout simplement parce grand nombre de têtes couronnées l’empruntèrent pour se rendre à Londres, via Calais.
Longtemps ce fût la seule route pavée de la commune, tandis que les rues et ruelles en terre battue, longeaient le ruissellement naturel, des eaux pluviales qui s’écoulent de la « Vallée de Fontes ».

[1] Adroald est un riche propriétaire, que Saint Omer convertit et baptise.
[2] Jacques Malbrancq prêtre jésuite professeur et prédicateur au collège jésuite de Saint-Omer.

Sous l’ancien régime Norrent-Fontes faisait partie de l’Artois et dépendait du canton de Liettres. Le 22 décembre 1789, il devient le Chef-lieu de canton de trente communes. En 1985, le  canton  de Norrent-Fontes se divise en deux et regroupe 18 communes, Auchel devient alors, le second Chef-lieu de canton.
Le Décret du 24 février 2014 portant sur la délimitation des cantons dans le département du Pas-de-Calais redessine la carte des cantons du Pas-de-Calais. Norrent-Fontes intègre alors le canton de Lillers. Ce petit rappel politique, nous permet de mieux mesurer l’importance économique et administrative de notre commune.
Lieu de passage obligatoire, la nationale 43 se doit donc, d’être la vitrine du village qu’elle traverse. Large et pavée, elle se borde de constructions dites « en dur ». La bourgeoisie locale, les notables, les artisans, commerçants, administrations et les importantes exploitations agricoles, s’établissent le long de la route royale. Les bâtiments en bois, torchis et paillottis considérés comme insalubres, fragiles et inflammables sont interdits dès le XVIe siècle . Le grès, la pierre calcaire ou la brique seront les principaux matériaux utilisés. Comme nous le rencontrerons plus tard, à Norrent-Fontes afin de répondre aux exigences, certaines maisons ne possèdent que la façade et les pignons en « dur », l’arrière s’accommodant du torchis.



Chapitre 2

À partir du rond-point installé en 2013 poursuivons notre découverte. A gauche au N° 6 (siège Sarl occasion 2000), au siècle dernier certains se souviendront du garage automobile André Lichtevoet, de sa vitrine d’exposition et ses pompes à essence avec Gaston pour vous servir. A droite au N° 11, cette habitation aux pignons « Rouge Barre » (appareillage alterné de pierres blanches et de briques rouges, spécifique au Nord) fut successivement, auberge, café, maison d’habitation, restaurant…


Vue prise fin du XIXe siècle


N° 11. Vue prise vers 1960 en venant de

Le rouge barre est un appareillage de pierres blanches et de briques liées à la chaux (appelé aussi lardé), spécifique au Nord et en usage du XVIIe au XIXe siècle. Les moellons de pierre calcaire (appelés blanc caillos) sont extraits des carrières souterraines voisines de Saint Hilaire cottes.





Estaminet Matton Saillot début XXe siècle , aujourd’hui café le TOM TIP, ici vers 1960



Au n°2, à l’angle de la rue de l’église et de la route nationale, aujourd’hui à usage d’habitation, dans cette maison y exerçaient successivement, Me Masquelier Huissier de justice puis Mme Mahieu Masseur kinésithérapeute.
Au n° 27, Mrs Dupen, excellaient dans le travail de forge, de réparation et vente de matériel agricole.
Discret, c’est juste après que « le sentier des moines [1] » qui aboutit sur la nationale.
C’est au n° 29, qu’était implantée la première gendarmerie connue dans la commune. Après son déménagement [2] , dans le bâtiment de façade, Mme Zéli Bellenguez installera sont épicerie, tandis que la partie cour sera occupée par Mr Omer Sénéchal, artisan menuisier.
En face au n° 26, se trouvait «l’Auberge de la porte d’or », dont une partie du bâtiment de façade est aujourd’hui décapitée. Plus une légende qu’un fait avéré, Napoléon y aurait séjourné. Certains se souviendront qu’au siècle dernier le n° 30, hébergeait la perception et au n° 32 le « BAR » (bar à hôtesses).


Vue de la Route nationale vers Lillers


Vue de la Route nationale vers Aire sur la Lys

Au n° 34, tandis que Mme Flageolet, tenait un commerce son mari exerçait la profession de peintre. C’est également là que s’établira à la suite, M Jean-Yves Pouille artisan peintre vitrier. En face, au n° 35 l’étude notariale de Me Fournier, Me Leblanc, aujourd’hui, Me Myrtille Bonnet.
A l’angle de la rue Jules Ferry et de la route suite à l’estaminet Gauthier Gruson, se succéderont, la quincaillerie de la famille Poubelle, M Duhazard cuisiniste et actuellement la banque « Crédit Agricole ».


Estaminet Gauthier Gruson


« Château » de M Gustave Wambergue

Au n°38, M Michel Lichtevoet artisan électricien, installait son magasin d’électroménager à l’emplacement de la ferme et dépendances du  château ». Dans les années 70, dans le dit « château », au n°40 M Josse d’Orgeville exploitait quant à lui, le plus important élevage d’Europe de Chinchillas (800 spécimens). L’entreprise familiale fût à maintes reprises remarquée et titrée, lors de concours internationaux. A l’aube des années 80, l’entreprise cessa son activité devant le manque d’intérêt du public pour le port vestimentaire de fourrures.

[1] voir prochainement «  Les sentiers et voyettes »
[2] voir prochainement « La Gendarmerie »



Toujours au n°40, d’anciens bâtiments aujourd’hui disparus abritaient la brasserie Wambergue.



La commune par un modeste et discret square (Henri Fréville), à l’angle de la rue Jules Ferry et de la route nationale, rend hommage à l’un de ses illustres enfants.
- Né le 4 décembre 1905 à Norrent-Fontes. Son père (Jules Henri Fréville) fût Maire est directeur de l'école publique. Sa mère (Marie Eugénie Berthe Maugé) institutrice. Benjamin d’une famille de trois enfants, il suit de brillantes études secondaires, au collège Mariette à Boulogne/Mer, au Lycée Faidherbe à Lille puis au Lycée Louis-le-Grand, à Paris. Après une licence d'histoire à la Sorbonne, il réussit l'agrégation d'histoire. Il se marie à Antoinette Fournier en septembre 1932, année de son affectation au Lycée de garçons Chateaubriand à Rennes où il enseigne en qualité de professeur agrégé d'histoire.
Il est le fondateur de l'Institut armoricain de recherches historiques.
- Il reçoit le grand prix Gobert de l'Académie française en 1955.
- À la Libération, il fut le directeur de cabinet de Victor Le Gorgeu et commissaire régional pour les quatre départements bretons.
- Il fut maire (MRP) de Rennes de 1953/1977.
- Devient président du conseil général d’Ille-et-Vilaine de 1966/1976.
- Elu député de la 1re circonscription d'Ille-et-Vilaine de 1958/1968.
- Elu sénateur d'Ille-et-Vilaine de 1970/1977.

Auteur de nombreux ouvrages d'histoire, il étudia notamment le comportement des nationalistes bretons durant la Seconde Guerre mondiale. Il décède à Rennes le 15 juin 1987, à l’âge de 81 ans. La ville de Rennes lui dédia l'avenue de Crimée, rebaptisée avenue Henri-Fréville. La station de métro (ligne A), et l'amphithéâtre de Rennes portent également son nom. A Norrent-Fontes le square Henri-Fréville, fût inauguré le 30 Mai 1989 en présence de son épouse.

Au n°39, les deux habitations privées, furent rapidement transformées en trois en locaux commerciaux. Pour y accueillir :
- La boulangerie Defossez-Demarle de St Hilaire.
- L’office notarial Me Pascal Bulot
- La Mercerie - vêtements pour femmes, Clin d’œil, A Bocquillon et actuellement Hélène Bouton.

Au n°41 c’est en 1970, que M. et Mme Hochart, délocalisent leur magasin Nel-Fleur, de la rue Jules Ferry pour s’installer route nationale, dans leur nouveau bâtiment à l’architecture atypique et avant-gardiste, pour l’époque. En face au n°42, le (château) de M Lecocq, puis des demoiselles Mullet, aujourd’hui M Vidocq, côtoie le collège Bernard Chochoy.

Le C.O.D. devient C.E.G. puis le collège Bernard Chochoy.

Afin de pallier à la poursuite des études secondaires après l’obtention du certificat d’étude, en 1964 l’ancêtre du collège, le COD (Groupement d’Observation Dispersée) ouvrait ses portes, route nationale à Norrent-Fontes. Cet ensemble de salles de classe, composé de bâtiments préfabriqués, deviendra à la rentrée 1969/1970 CEG (Collège d'Enseignement Général). La vétusté, la rusticité des locaux, le manque d’espaces et de structures imposèrent, la construction de nouveaux bâtiments en dur. C’est en 1984, qu’est inauguré le collège Bernard Chochoy, d’une capacité d’accueil de 600 élèves (de la sixième à la troisième).



Nous nous souviendrons peut-être, qu’à l’emplacement de la cantine et des cuisines actuelles se trouvait à l’époque du collège, le terrain de football, de la commune.


M Claude Poëtte
Originaire de la Seine Maritime, M Claude Poëtte, pharmacien installé depuis 1952 au N° 249 rue Principale à Saint-Hilaire Cottes, transporte son officine en 1968, au N° 49, route Nationale à Norrent-Fontes. A son décès (1988), se succéderont : MM Dauchy, Patalas & Asseman. Président de l’Amicale des Donneurs de Sang, M C. Poëtte a beaucoup œuvré pour la mise en place de la plasmaphérèse*.



C’est également dans les années 60 que M Marcel Dehosse développe au N°51, son activité de producteur, négociant de porcs.


Le monument aux morts
Monument taillé dans la pierre, son caractère sacré s’affirme, non seulement par les sacrifices qu’il commémore, mais par le défi au temps qu’il représente, il se veut immortel, mémoriel et comme tout souvenir, éternel. Après autorisation préfectorale du 3 mai 1921 et l’avis favorable de la commission, 5260 frs de budget communal sont ajoutés aux 2840 frs de souscription publique, la commune fait édifier le monument en bordure de la route Nationale. Ce cénotaphe, réalisé pour un montant de 8100 frs, par M Ernest Rabischon, marbrier à Aire sur la Lys, forme une colonne quadrangulaire au chapiteau à volute. La façade est ornée d’une couronne végétale (dite civique), de feuilles de laurier tressées, elle suggère la gloire éternelle, d’une palme, symbole de la victoire et du sacrifice, d’un canon, signe de morts, qui rappelle l’horreur de la guerre, d’une croix de guerre qui incarne les actes de bravoure et d’héroïsme et du drapeau en berne en signe de deuil. L’épitaphe, « 1914-1919 la commune de Norrent-Fontes à ses enfants morts pour la France » surplombe le tout. Cinquante et un noms de soldats sont cités pour le conflit 14/18. Ont été ajoutés les quatre autres soldats et quatre victimes civiles tombés pour celui de 39/45. A la base, en façade une plaque de marbre apposée à l’initiative du comité FNACA (Fédération des Anciens Combattants en Algérie, Maroc et Tunisie) porte l’épitaphe suivante : 1952-1962 Hommage à la mémoire de nos camarades tombés en Algérie, Maroc et Tunisie. L’implantation des monuments aux morts sur tout le territoire français intervient, rappelons-le, quinze ans à peine après la loi (1905) de séparation de l’Eglise et l’Etat. Par la loi de finances de 1920, l’Etat subventionne la construction de ces monuments commémoratifs, à condition qu’ils ne se rattachent à aucun culte. Comme dans la majorité des communes un deuxième monument aux morts est érigé dans l’église, pour recenser les paroissiens tombés aux combats.



Les écoles primaires
Les bâtiments de l’actuel « Ecole Michel de Montaigne », jadis école des filles et école des garçons, résultent d’une réflexion du conseil municipale du 4 novembre 1905.Le projet est évalué à 56 000fr. (6200fr d’acquisition du terrain, 47800fr d’œuvre, 2000fr de mobilier scolaire). En effet, l’ancienne école, située sur la place de Norrent vieillit mal. Ses bâtiments devenus trop exigus, insalubres et bas, sont dépourvus de cour de récréation de latrines et urinoirs. De plus l’école qui est entourée de cabarets (l’un d’eux se situe parallèlement à quatre mètres), doit partager le bâtiment avec la mairie et le prétoire de la justice de paix, installés au premier étage (ce qui cause bruits et troubles, les jours d’audience). Le 4 novembre 1905, le conseil municipal décide la construction de nouveaux bâtiments scolaires.
Sur une superficie de 53 ares, l’ensemble des bâtiments s’organise ainsi : quatre salles de classe, d’une superficie de 58 m² et de 4 m de hauteur sous plafond. (2 pour chaque sexe). Les salles sont éclairées de 6 grandes baies opposées 2 à 2, pavées en carreaux de céramiques et la partie inférieure des murs recouverte d’un enduit ciment. Chaque école disposera d’une cour de 600 m² dotée d’un préau de 46 m² et d’un jardin d’environ 8 ares. Les privés et urinoirs (6 pour les filles, 4 pour les garçons et 2 pour les enseignants) sont situés à 15m des classes pour une surveillance aisée. En bordure de la Nationale l’immeuble se divise en quatre logements.



*La plasmaphérèse, est le prélèvement du plasma qui est séparé des autres éléments sanguins.


Les deux logements centraux seront affectés, l’un au directeur de l’école des garçons, l’autre à la directrice de l’école des filles. (La mixité en France commencera à se généraliser dans les années 1960). Les logements latéraux seront dévolus à un instituteur et une institutrice.


Les fonctionnelles et spacieuses salles de classe seront également utilisées lors de examens du certificat d’études, dont l’objectif initial de retenir les élèves à l’école, jusqu’à le fin de l’obligation scolaire, fixée à 13 ans. S’y dérouleront également les conseils de révision : Conseils chargés d’examiner dans chaque canton, lors du recrutement, si les jeunes gens appelés, sont aptes au service militaire. La formule « Bon pour le service » occasionnait un cérémonial plus ou moins poussé. Les jeunes garçons, décorés de cocardes tricolores, de rubans et coiffés de chapeaux se rendent en fanfare au cabaret en face où ils posent pour la photo et prennent souvent leur première cuite… Toujours dans les années 1960, le docteur Jean Duhamel édifie et établit son cabinet au N° 46. A la retraite, il quitte Norrent-Fontes et met son habitation et cabinet en vente. En 2017 Mr et Mme Lozingo, en font l’acquisition et c’est en août 2018 qu’est inauguré le salon de coiffure mixte ‘ By Cindy ’. Au début du siècle s’installe N°48, le couple Paul et Marthe Brocvielle. Paul, marchand de vélos jouera un rôle important dans la destinée d’un petit garçon de la commune. En effet la famille Déprez, originaire des corons de Lières, s’installe en 1922 rue Neuve à Norrent-Fontes. Mineur, le père se reconvertit dans le commerce du poisson et le maraichage sur les marchés, avant de devenir cressiculteur. Son fils *Louis fréquente l’école des garçons.


A dix ans, passionné par le football et le cyclisme, le petit garçon profite du temps de récréation pour s’échapper juste en face, chez Paul qui affiche sur sa porte les résultats du tour de France. Informé par la presse Paul, tout en s’affairant à ses réparations, raconte aux enfants du village, l’histoire du cyclisme et de ses champions. Le garçonnet devient imbattable sur les palmarès du tour et autres grandes courses. Il boit les paroles de son aîné et dit à sa mère, « Je ferai le Tour de France ! ». A 13 ans il quitte l’école pour travailler dans l’entreprise familiale. C’est à vélo chargé d’une soixantaine de kilos de cresson, que quotidiennement il part ravitailler les corons d’Auchel, Marles, Bruay et les quartiers de St Pol sur Ternoise. A quinze ans il achète avec ses économies sont premier vélo de course chez « Paul » et s’inscrit à la course cycliste des moins de 18 ans, de la fosse 12 à Lens. C’est en chemisette, culotte et souliers de football que le jeune amateur remportera sa première victoire devant Boby Pasavec dit « la terreur Lensoise ». De 1936 à 1964 Louis étoffera son palmarès, de quatre cents victoires et participera cinq fois au Tour de France. Au terme de sa carrière cycliste, il ne se consacrera plus qu’à la culture et vente sur les marchés. Dans les années quatre-vingt, il intègre le club cyclo touristique de Ham en Artois, où il est la vedette des « brevets » du dimanche. Louis s’éteint le 27 juillet 1999 à l’âge de 78 ans. Au N° 50 l’estaminet écurie Cartailler Lourme, comme d’autres, situés le long de la nationale, en plus de son débit de boissons proposait aux voyageurs une écurie où les montures pouvaient s’abreuver et recevoir leur picotin avant de reprendre la route.

->Livres sur Louis Déprez




C’est devant cet établissement que le Général De Gaulle le jeudi 24 septembre 1957, lors de son voyage de quatre jours, fit une courte halte pour saluer les habitants, qui avertis de son passage lui réservaient un accueil chaleureux. En face au N°61, c’est le bureau des postes télégraphes et téléphones qui sera érigé à la même époque que les écoles. En 2006 la poste déménagera au N°73 et les locaux restés inoccupés subiront des transformations en 2009. C’est un groupement de producteurs qui en 2010 y établira son point de vente en direct ‘Au rendez-vous Fermier’ jusqu’en 2018. * Biographie complète : Louis Déprez, Ch’ti géant de la route, Christian Defrance éditions Les Echos du Pas de Calais