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Norrent-Fontes, l’« Histoire », la petite histoire, des histoires …

Documents complémentaires


Norrent-Fontes, l’« Histoire », la petite histoire, des histoires …
Bruno Decrock Greeter de la Lys Romane

Chapitre 1

L' « Histoire » …
C'est l'histoire chronologique de la France et de l’Artois actuelle, région où se situe le village de Norrent-Fontes. Il est intéressant, par exemple de savoir que notre commune fit partie, il y a fort longtemps, de la Gaule Belge.

La petite histoire …
Ce sont les petites choses de la grande Histoire, la précédente, celle qui prend un grand « H ». C'est l'Histoire vue par le petit bout de la lorgnette, constituée par les évènements du passé survenus dans notre village, tels que nos ancêtres Norrent-Fontois les ont vécus au fil des siècles. Ces faits n'ont laissé aucune trace dans l'Histoire, et pourtant ils sont avérés. Leur intérêt est essentiellement sociologique : comment vivaient les personnes qui nous ont précédé sur le terroir qui est aujourd'hui le nôtre ? Les Norrent-Fontois d'antan appartiennent à l'Histoire et nous sommes les héritiers d'une partie de leurs connaissances, de leurs croyances, et surtout de leurs us et coutumes. La petite histoire, c'est aussi la présence sur le terroir Norrent-Fontois d'un château, d’une église, d’un ermitage, de commerces, d’artisanat, d’institutions ….

Dans ses différents ouvrages Me André Bavière préface ainsi: « Norrent-Fontes mon village. Dans ce recueil, j’ai réuni pèle mêle tous les renseignements que j’ai pu trouver concernant notre village. Je ne réponds pas toujours de l’exactitude des faits rapportés, mais néanmoins je crois faire œuvre utile en faisant connaitre mon village. Bien des choses restent à découvrir ou à compléter, j’en confie le soin aux générations à venir. » 

Certes, en ce début de vingt-et-unième siècle, le village de Norrent-Fontes n'offre toujours rien de particulièrement curieux ! Rien en tout cas qui puisse se faire déplacer les foules. Cependant, pour qui aime les vieilles pierres, pour qui s'intéresse à l'architecture locale, pour qui ne dédaigne pas les vestiges du passé, Norrent-Fontes mérite le détour.

Des histoires … 
C’est le récit d'aventures réelles ou imaginaires vécues par quelques Norrent-Fontois du temps jadis, en marge et au cœur de l'Histoire de France. Le cadre de vie des personnages et les mœurs de la société villageoise évoqués dans ces portraits sont conformes à ce que l'on sait de l'époque dans laquelle ils sont situés. Ce savoir n'est pas inné, bien sûr, et provient de la lecture de divers ouvrages d'histoire générale. C'est de l'« histoire » anecdotique, certes, souvent ignorée ou négligée par les historiens, mais est-elle pour autant condamnée à l'oubli ? Les Norrent-Fontois du XXIe siècle sont les héritiers des populations qui vécurent sur le terroir actuel, dont certains noms de lieux dits parlent avec éloquence des époques révolues. ….

 Il était une fois... notre village.
Privée de ses archives détruites en 1940 lors de l’occupation allemande, notre commune reste orpheline de son passé. Outre les écrits de Me André Bavière, seuls les témoignages oraux et la mémoire locale subsistent. C’est donc munis de ces quelques éléments, que je vous propose de voyager dans le temps et de mener l’enquête passionnante, qui d’anecdotes en recoupements nous amèneront à mieux découvrir et comprendre le passé de notre commune.
Nous croisons au quotidien, dans les lieux les plus familiers, une multitude d'indices, que souvent nous ne voyons pas, mais qui peuvent nous révéler les différentes étapes de l'histoire de notre village et de l'habitat qu'il abrite. Il suffit pour cela, de disposer de quelques clefs d'observation et un peu de curiosité!
Les premières traces d’occupation humaine du secteur remontent à l'époque gallo-romaine (- 52 avant J.C. à 86 après J.C.). A cette époque, deux toponymies apparaissent: « Norremum » et « Fontenes » pour Fontaines.
Au Xe siècle, sous l'empire des Francs, cette dénomination devient « Norhem » de « Nor » et « Hem » signifiant « Maison du Nord ». Le Chevalier de Beaulieu, sur sa carte note, Fontaine au Rang. « Rang » vient de Rin signifiant canal ou « Tringue », tranchée d'assèchement consolidée par des branchages. (exemple, Rang du Fliers.)



Norrent, en latin Norremum, est nommé Norrem en 1211 et Norenc en 1240 dans une donation à l’abbaye de Mont-St.Martin.

Le hameau de Fontes est connu sous le nom de, Ad fondenis, dans la donation d’Adroald [1] à St. Omer.

Pour essayer de comprendre la naissance de notre commune commençons par un état des lieux environnemental.

Malbrancq [2] rapporte qu’au XVIIe siècle on trouva sur le territoire, proche de la voie romaine (chaussée Brunehaut), un sarcophage de pierre blanche, avec un vase de forme ronde scellé au plomb, et des lacrymatoires de verre mêlés aux ossements. A cette époque, de telles découvertes étaient communes dans les environs et l’on sait que les Romains enterraient leurs défunts qualifiés, le long des grands axes routiers.

A Mazinghem des fouilles archéologiques ont permis de démontrer que le site était déjà occupé à l'époque du néolithique et celle du Moyen-Age, grâce à la découverte vers 1950 lors de l’exploitation de la sablière, d'une nécropole de dix-sept tombes franques, (fin VIe et VIIe siècle) assez riches en armes et poteries, mais peu d’ossements. A Norrent-Fontes, c’est à Waringhem (actuellement SCI de Waringhem, Pruvost Leroy) que les traces humaines les plus anciennes sont remarquées.

En 1973, M Albert Lefranc, alors exploitant agricole de la ferme, entreprenant de nouvelles constructions, mit à jour sept squelettes humains, des tessons, etc. Les fouilles archéologiques, sur ce site protohistorique considéré comme unique au Nord de la France, dégagèrent un très riche dépotoir de céramiques et tessons de l’époque du Hallstatt (VIème siècle avant J.-C.) ainsi que des zones de fours. Une des structures semble être la fondation d’un four de potier, la seconde d’un bas fourneau (fonte du métal). D’autres fouilles de l’endroit, révélèrent un alésoir en silex, des poids de tisserand, des objets et poteries d’époque Gallo-romaine et Carolingienne, des ossements d’animaux et un squelette humain dont la tête reposait sur un coussin de pierre calcaire.

Waringhem  s’avère donc de nos jours, comme le plus ancien site, constamment occupé, de notre commune. Plus récemment l’endroit était nommé « le moulin de Waringhem ». En effet, adossé à l’habitation, l’on pouvait encore apercevoir, jusque la fin du siècle dernier, les vestiges de la roue à aube, les ouvrages du déversoir et des vannes de régulation. La roue de ce moulin à moudre le blé, était actionnée par le courant du Waringhem (plus anciennement le Faucheux), cours d’eau qui prend sa source derrière l’église de Saint Hilaire. Dépendant de la seigneurie de Waringhem, baillage de Lillers et du Comte de Saint Pol sur Ternoise, le moulin connut de nombreux meuniers. (1739 Jean Beauvois, 1745 Jacques Joseph Beauvoix, 1758 Jacques Beauvoix, 1785 Pierre Antoine Beauvoix, 1820 Amand Fidel Duquesne, 1854 Jean Charles Constant Barbier, Hyacinthe Duval, etc. Me André Bavière, dans ses écrits, note que ce moulin fonctionnait encore pendant la guerre 1914 - 1918.
A ce jour il ne reste rien de ces structures anciennes. Gardons à l’esprit quelques détails qui nous aiderons mieux cartographier le paysage de ces époques reculées. Le moulin se trouvait à égale distance du château de Malanoy (Bourecq) et celui de Norrent. La portion actuelle de la départementale 943, qui relie le rond-point de Norrent-Fontes au Plantin, n’existait pas. La route nationale passait alors par Saint Hilaire. Le chemin pour accéder au moulin de Waringhem, démarrait au niveau de l’actuel « Rendez-vous Fermier ». Venant de Lillers nous entamons maintenant la visite, pas à pas de notre commune. La récente départementale 943 a succédé à la nationale N°43, autrefois appelée route ou voie royale. Pourquoi ?, tout simplement parce grand nombre de têtes couronnées l’empruntèrent pour se rendre à Londres, via Calais.
Longtemps ce fût la seule route pavée de la commune, tandis que les rues et ruelles en terre battue, longeaient le ruissellement naturel, des eaux pluviales qui s’écoulent de la « Vallée de Fontes ».

[1] Adroald est un riche propriétaire, que Saint Omer convertit et baptise.
[2] Jacques Malbrancq prêtre jésuite professeur et prédicateur au collège jésuite de Saint-Omer.

Sous l’ancien régime Norrent-Fontes faisait partie de l’Artois et dépendait du canton de Liettres. Le 22 décembre 1789, il devient le Chef-lieu de canton de trente communes. En 1985, le  canton  de Norrent-Fontes se divise en deux et regroupe 18 communes, Auchel devient alors, le second Chef-lieu de canton.
Le Décret du 24 février 2014 portant sur la délimitation des cantons dans le département du Pas-de-Calais redessine la carte des cantons du Pas-de-Calais. Norrent-Fontes intègre alors le canton de Lillers. Ce petit rappel politique, nous permet de mieux mesurer l’importance économique et administrative de notre commune.
Lieu de passage obligatoire, la nationale 43 se doit donc, d’être la vitrine du village qu’elle traverse. Large et pavée, elle se borde de constructions dites « en dur ». La bourgeoisie locale, les notables, les artisans, commerçants, administrations et les importantes exploitations agricoles, s’établissent le long de la route royale. Les bâtiments en bois, torchis et paillottis considérés comme insalubres, fragiles et inflammables sont interdits dès le XVIe siècle . Le grès, la pierre calcaire ou la brique seront les principaux matériaux utilisés. Comme nous le rencontrerons plus tard, à Norrent-Fontes afin de répondre aux exigences, certaines maisons ne possèdent que la façade et les pignons en « dur », l’arrière s’accommodant du torchis.





Chapitre 2

À partir du rond-point installé en 2013 poursuivons notre découverte. A gauche au N° 6 (siège Sarl occasion 2000), au siècle dernier certains se souviendront du garage automobile André Lichtevoet, de sa vitrine d’exposition et ses pompes à essence avec Gaston pour vous servir. A droite au N° 11, cette habitation aux pignons « Rouge Barre » (appareillage alterné de pierres blanches et de briques rouges, spécifique au Nord) fut successivement, auberge, café, maison d’habitation, restaurant…


Vue prise fin du XIXe siècle


N° 11. Vue prise vers 1960 en venant de Lillers

Le rouge barre est un appareillage de pierres blanches et de briques liées à la chaux (appelé aussi lardé), spécifique au Nord et en usage du XVIIe au XIXe siècle. Les moellons de pierre calcaire (appelés blanc caillos) sont extraits des carrières souterraines voisines de Saint Hilaire cottes.





Estaminet Matton Saillot début XXe siècle , aujourd’hui café le TOM TIP, ici vers 1960



Au n°2, à l’angle de la rue de l’église et de la route nationale, aujourd’hui à usage d’habitation, dans cette maison y exerçaient successivement, Me Masquelier Huissier de justice puis Mme Mahieu Masseur kinésithérapeute.
Au n° 27, Mrs Dupen, excellaient dans le travail de forge, de réparation et vente de matériel agricole.
Discret, c’est juste après que « le sentier des moines [1] » qui aboutit sur la nationale.
C’est au n° 29, qu’était implantée la première gendarmerie connue dans la commune. Après son déménagement [2] , dans le bâtiment de façade, Mme Zéli Bellenguez installera sont épicerie, tandis que la partie cour sera occupée par Mr Omer Sénéchal, artisan menuisier.
En face au n° 26, se trouvait «l’Auberge de la porte d’or », dont une partie du bâtiment de façade est aujourd’hui décapitée. Plus une légende qu’un fait avéré, Napoléon y aurait séjourné. Certains se souviendront qu’au siècle dernier le n° 30, hébergeait la perception et au n° 32 le « BAR » (bar à hôtesses).


Vue de la Route nationale vers Lillers


Vue de la Route nationale vers Aire sur la Lys

Au n° 34, tandis que Mme Flageolet, tenait un commerce son mari exerçait la profession de peintre. C’est également là que s’établira à la suite, M Jean-Yves Pouille artisan peintre vitrier. En face, au n° 35 l’étude notariale de Me Fournier, Me Leblanc, aujourd’hui, Me Myrtille Bonnet.
A l’angle de la rue Jules Ferry et de la route suite à l’estaminet Gauthier Gruson, se succéderont, la quincaillerie de la famille Poubelle, M Duhazard cuisiniste et actuellement la banque « Crédit Agricole ».


Estaminet Gauthier Gruson


« Château » de M Gustave Wambergue

Au n°38, M Michel Lichtevoet artisan électricien, installait son magasin d’électroménager à l’emplacement de la ferme et dépendances du  château ». Dans les années 70, dans le dit « château », au n°40 M Josse d’Orgeville exploitait quant à lui, le plus important élevage d’Europe de Chinchillas (800 spécimens). L’entreprise familiale fût à maintes reprises remarquée et titrée, lors de concours internationaux. A l’aube des années 80, l’entreprise cessa son activité devant le manque d’intérêt du public pour le port vestimentaire de fourrures.

[1] voir prochainement «  Les sentiers et voyettes »
[2] voir prochainement « La Gendarmerie »



Toujours au n°40, d’anciens bâtiments aujourd’hui disparus abritaient la brasserie Wambergue.



La commune par un modeste et discret square (Henri Fréville), à l’angle de la rue Jules Ferry et de la route nationale, rend hommage à l’un de ses illustres enfants.
- Né le 4 décembre 1905 à Norrent-Fontes. Son père (Jules Henri Fréville) fût Maire est directeur de l'école publique. Sa mère (Marie Eugénie Berthe Maugé) institutrice. Benjamin d’une famille de trois enfants, il suit de brillantes études secondaires, au collège Mariette à Boulogne/Mer, au Lycée Faidherbe à Lille puis au Lycée Louis-le-Grand, à Paris. Après une licence d'histoire à la Sorbonne, il réussit l'agrégation d'histoire. Il se marie à Antoinette Fournier en septembre 1932, année de son affectation au Lycée de garçons Chateaubriand à Rennes où il enseigne en qualité de professeur agrégé d'histoire.
Il est le fondateur de l'Institut armoricain de recherches historiques.
- Il reçoit le grand prix Gobert de l'Académie française en 1955.
- À la Libération, il fut le directeur de cabinet de Victor Le Gorgeu et commissaire régional pour les quatre départements bretons.
- Il fut maire (MRP) de Rennes de 1953/1977.
- Devient président du conseil général d’Ille-et-Vilaine de 1966/1976.
- Elu député de la 1re circonscription d'Ille-et-Vilaine de 1958/1968.
- Elu sénateur d'Ille-et-Vilaine de 1970/1977.

Auteur de nombreux ouvrages d'histoire, il étudia notamment le comportement des nationalistes bretons durant la Seconde Guerre mondiale. Il décède à Rennes le 15 juin 1987, à l’âge de 81 ans. La ville de Rennes lui dédia l'avenue de Crimée, rebaptisée avenue Henri-Fréville. La station de métro (ligne A), et l'amphithéâtre de Rennes portent également son nom. A Norrent-Fontes le square Henri-Fréville, fût inauguré le 30 Mai 1989 en présence de son épouse.

Au n°39, les deux habitations privées, furent rapidement transformées en trois en locaux commerciaux. Pour y accueillir :
- La boulangerie Defossez-Demarle de St Hilaire.
- L’office notarial Me Pascal Bulot
- La Mercerie - vêtements pour femmes, Clin d’œil, A Bocquillon et actuellement Hélène Bouton.

Au n°41 c’est en 1970, que M. et Mme Hochart, délocalisent leur magasin Nel-Fleur, de la rue Jules Ferry pour s’installer route nationale, dans leur nouveau bâtiment à l’architecture atypique et avant-gardiste, pour l’époque. En face au n°42, le (château) de M Lecocq, puis des demoiselles Mullet, aujourd’hui M Vidocq, côtoie le collège Bernard Chochoy.

Le C.O.D. devient C.E.G. puis le collège Bernard Chochoy.

Afin de pallier à la poursuite des études secondaires après l’obtention du certificat d’étude, en 1964 l’ancêtre du collège, le COD (Groupement d’Observation Dispersée) ouvrait ses portes, route nationale à Norrent-Fontes. Cet ensemble de salles de classe, composé de bâtiments préfabriqués, deviendra à la rentrée 1969/1970 CEG (Collège d'Enseignement Général). La vétusté, la rusticité des locaux, le manque d’espaces et de structures imposèrent, la construction de nouveaux bâtiments en dur. C’est en 1984, qu’est inauguré le collège Bernard Chochoy, d’une capacité d’accueil de 600 élèves (de la sixième à la troisième).



Nous nous souviendrons peut-être, qu’à l’emplacement de la cantine et des cuisines actuelles se trouvait à l’époque du collège, le terrain de football, de la commune.


M Claude Poëtte
Originaire de la Seine Maritime, M Claude Poëtte, pharmacien installé depuis 1952 au N° 249 rue Principale à Saint-Hilaire Cottes, transporte son officine en 1968, au N° 49, route Nationale à Norrent-Fontes. A son décès (1988), se succéderont : MM Dauchy, Patalas & Asseman. Président de l’Amicale des Donneurs de Sang, M C. Poëtte a beaucoup œuvré pour la mise en place de la plasmaphérèse*.



C’est également dans les années 60 que M Marcel Dehosse développe au N°51, son activité de producteur, négociant de porcs.


Le monument aux morts
Monument taillé dans la pierre, son caractère sacré s’affirme, non seulement par les sacrifices qu’il commémore, mais par le défi au temps qu’il représente, il se veut immortel, mémoriel et comme tout souvenir, éternel. Après autorisation préfectorale du 3 mai 1921 et l’avis favorable de la commission, 5260 frs de budget communal sont ajoutés aux 2840 frs de souscription publique, la commune fait édifier le monument en bordure de la route Nationale. Ce cénotaphe, réalisé pour un montant de 8100 frs, par M Ernest Rabischon, marbrier à Aire sur la Lys, forme une colonne quadrangulaire au chapiteau à volute. La façade est ornée d’une couronne végétale (dite civique), de feuilles de laurier tressées, elle suggère la gloire éternelle, d’une palme, symbole de la victoire et du sacrifice, d’un canon, signe de morts, qui rappelle l’horreur de la guerre, d’une croix de guerre qui incarne les actes de bravoure et d’héroïsme et du drapeau en berne en signe de deuil. L’épitaphe, « 1914-1919 la commune de Norrent-Fontes à ses enfants morts pour la France » surplombe le tout. Cinquante et un noms de soldats sont cités pour le conflit 14/18. Ont été ajoutés les quatre autres soldats et quatre victimes civiles tombés pour celui de 39/45. A la base, en façade une plaque de marbre apposée à l’initiative du comité FNACA (Fédération des Anciens Combattants en Algérie, Maroc et Tunisie) porte l’épitaphe suivante : 1952-1962 Hommage à la mémoire de nos camarades tombés en Algérie, Maroc et Tunisie. L’implantation des monuments aux morts sur tout le territoire français intervient, rappelons-le, quinze ans à peine après la loi (1905) de séparation de l’Eglise et l’Etat. Par la loi de finances de 1920, l’Etat subventionne la construction de ces monuments commémoratifs, à condition qu’ils ne se rattachent à aucun culte. Comme dans la majorité des communes un deuxième monument aux morts est érigé dans l’église, pour recenser les paroissiens tombés aux combats.



Les écoles primaires
Les bâtiments de l’actuel « Ecole Michel de Montaigne », jadis école des filles et école des garçons, résultent d’une réflexion du conseil municipale du 4 novembre 1905.Le projet est évalué à 56 000fr. (6200fr d’acquisition du terrain, 47800fr d’œuvre, 2000fr de mobilier scolaire). En effet, l’ancienne école, située sur la place de Norrent vieillit mal. Ses bâtiments devenus trop exigus, insalubres et bas, sont dépourvus de cour de récréation de latrines et urinoirs. De plus l’école qui est entourée de cabarets (l’un d’eux se situe parallèlement à quatre mètres), doit partager le bâtiment avec la mairie et le prétoire de la justice de paix, installés au premier étage (ce qui cause bruits et troubles, les jours d’audience). Le 4 novembre 1905, le conseil municipal décide la construction de nouveaux bâtiments scolaires.
Sur une superficie de 53 ares, l’ensemble des bâtiments s’organise ainsi : quatre salles de classe, d’une superficie de 58 m² et de 4 m de hauteur sous plafond. (2 pour chaque sexe). Les salles sont éclairées de 6 grandes baies opposées 2 à 2, pavées en carreaux de céramiques et la partie inférieure des murs recouverte d’un enduit ciment. Chaque école disposera d’une cour de 600 m² dotée d’un préau de 46 m² et d’un jardin d’environ 8 ares. Les privés et urinoirs (6 pour les filles, 4 pour les garçons et 2 pour les enseignants) sont situés à 15m des classes pour une surveillance aisée. En bordure de la Nationale l’immeuble se divise en quatre logements.



*La plasmaphérèse, est le prélèvement du plasma qui est séparé des autres éléments sanguins.


Les deux logements centraux seront affectés, l’un au directeur de l’école des garçons, l’autre à la directrice de l’école des filles. (La mixité en France commencera à se généraliser dans les années 1960). Les logements latéraux seront dévolus à un instituteur et une institutrice.


Les fonctionnelles et spacieuses salles de classe seront également utilisées lors de examens du certificat d’études, dont l’objectif initial de retenir les élèves à l’école, jusqu’à le fin de l’obligation scolaire, fixée à 13 ans. S’y dérouleront également les conseils de révision : Conseils chargés d’examiner dans chaque canton, lors du recrutement, si les jeunes gens appelés, sont aptes au service militaire. La formule « Bon pour le service » occasionnait un cérémonial plus ou moins poussé. Les jeunes garçons, décorés de cocardes tricolores, de rubans et coiffés de chapeaux se rendent en fanfare au cabaret en face où ils posent pour la photo et prennent souvent leur première cuite… Toujours dans les années 1960, le docteur Jean Duhamel édifie et établit son cabinet au N° 46. A la retraite, il quitte Norrent-Fontes et met son habitation et cabinet en vente. En 2017 Mr et Mme Lozingo, en font l’acquisition et c’est en août 2018 qu’est inauguré le salon de coiffure mixte ‘ By Cindy ’. Au début du siècle s’installe N°48, le couple Paul et Marthe Brocvielle. Paul, marchand de vélos jouera un rôle important dans la destinée d’un petit garçon de la commune. En effet la famille Déprez, originaire des corons de Lières, s’installe en 1922 rue Neuve à Norrent-Fontes. Mineur, le père se reconvertit dans le commerce du poisson et le maraichage sur les marchés, avant de devenir cressiculteur. Son fils *Louis fréquente l’école des garçons.


A dix ans, passionné par le football et le cyclisme, le petit garçon profite du temps de récréation pour s’échapper juste en face, chez Paul qui affiche sur sa porte les résultats du tour de France. Informé par la presse Paul, tout en s’affairant à ses réparations, raconte aux enfants du village, l’histoire du cyclisme et de ses champions. Le garçonnet devient imbattable sur les palmarès du tour et autres grandes courses. Il boit les paroles de son aîné et dit à sa mère, « Je ferai le Tour de France ! ». A 13 ans il quitte l’école pour travailler dans l’entreprise familiale. C’est à vélo chargé d’une soixantaine de kilos de cresson, que quotidiennement il part ravitailler les corons d’Auchel, Marles, Bruay et les quartiers de St Pol sur Ternoise. A quinze ans il achète avec ses économies sont premier vélo de course chez « Paul » et s’inscrit à la course cycliste des moins de 18 ans, de la fosse 12 à Lens. C’est en chemisette, culotte et souliers de football que le jeune amateur remportera sa première victoire devant Boby Pasavec dit « la terreur Lensoise ». De 1936 à 1964 Louis étoffera son palmarès, de quatre cents victoires et participera cinq fois au Tour de France. Au terme de sa carrière cycliste, il ne se consacrera plus qu’à la culture et vente sur les marchés. Dans les années quatre-vingt, il intègre le club cyclo touristique de Ham en Artois, où il est la vedette des « brevets » du dimanche. Louis s’éteint le 27 juillet 1999 à l’âge de 78 ans. Au N° 50 l’estaminet écurie Cartailler Lourme, comme d’autres, situés le long de la nationale, en plus de son débit de boissons proposait aux voyageurs une écurie où les montures pouvaient s’abreuver et recevoir leur picotin avant de reprendre la route.

->Livres sur Louis Déprez




C’est devant cet établissement que le Général De Gaulle le jeudi 24 septembre 1957, lors de son voyage de quatre jours, fit une courte halte pour saluer les habitants, qui avertis de son passage lui réservaient un accueil chaleureux. En face au N°61, c’est le bureau des postes télégraphes et téléphones qui sera érigé à la même époque que les écoles. En 2006 la poste déménagera au N°73 et les locaux restés inoccupés subiront des transformations en 2009. C’est un groupement de producteurs qui en 2010 y établira son point de vente en direct ‘Au rendez-vous Fermier’ jusqu’en 2018. * Biographie complète : Louis Déprez, Ch’ti géant de la route, Christian Defrance éditions Les Echos du Pas de Calais




Le N°63, accueille quant à lui la boucherie de Marcel Duhamel, à qui succédera son fils Maurice secondé de son épouse Denise.
Lorsque le couple cesse son activité, l’immeuble est vendu à usage d’habitation. C’est en 1962 que M Michel Pringarbe installe au N°54 son entreprise d’artisan plombier électricien et ouvre son magasin d’électro-ménager tenu par son épouse Geneviève. En 1997 au départ de la retraite, c’est le couple Jean-Marie et Nathalie Empis qui leur succéderont.

A l’angle de la rue du 8 Mai (autrefois, chemin Viot) et de la route nationale, sur une partie de l’ancien parc du « château de Me Bavière » c’est en 1975 que M François Nédoncelle délocalise son garage de Ames et s’installe « garagiste carrossier concessionnaire » à Norrent-Fontes. Son fils Frédéric lui succédera en 1998, lors de son départ en retraite.

Le « Château de Me Bavière ». Au N°56 cette imposante bâtisse fut érigée en 1861 par Me Jules Lequien (notaire) et son épouse Mme Sidonie Lecomte. Me Hyppolyte Wambergue Brocquet (notaire) en fait l’acquisition en 1874. Me Georges Bavière (notaire), l’achète en 1895. Elle sera transmise par successions à Me André Bavière (notaire) et Me Michel Bavière (notaire). Vendue en 1990 à M Serge Guéry, (Ets Pidou), c’est enfin le Docteur Dominique Bernard (successeur du Dr Jean Duhamel) qui y établira son cabinet médical et domicile en 1993.



En face au N°73, c’est la caisse d’épargne qui à la fin du siècle dernier décide d’y installer son agence. Au début des années 2000 par soucis de rentabilité, il est décidé de répartir l’agence sur Isbergues et Lillers. La commune fait l’acquisition des locaux qui accueilleront en 2006, le bureau de la poste et deux logements locatifs.

Au N°60, s’installe l’entreprise de menuiserie, crée par Omer Sénéchal en 1934 (au n°29).Son fils Paul puis petit fils Jean-Paul lui succéderont.

Le N°68, l’estaminet Legrain Decobert offrait aux voyageurs et habitués de quoi se désaltérer et proposait également son écurie pour le repos des montures.

Pour certains anciens Norrent-Fontois le N°81, réveille des souvenirs olfactifs très agréables. En effet l’on fabriquait à l’arrière de cette demeure les fameuses gaufres de Matton. Nous les découvrirons, en poursuivant notre visite, d’autres fabriques qui faisaient la réputation de la commune. A l’angle de la rue des cressonnières (N°2) et de la nationale, se trouve la maison natale de Paul Coutigny. Né à Norrent-Fontes en 1884, il est l'aîné d'une famille de trois enfants, ses parents, Louis Coutigny et Marie Deremetz, exploitent la ferme. D’une grande intelligence, doué d'une très bonne mémoire, il s'intéresse à tout : aux beaux-arts, à l'archéologie, au dessin, à la sculpture, à la littérature, à l'histoire régionale, à la poésie et surtout au patois régional.


Autodidacte et curieux, il étudie, lit beaucoup, observe ce qui se passe autour de lui, il effectue de nombreux déplacements pour découvrir et admirer les beautés de la France. Profondément chrétien, il crée dans le village avec le Chanoine Tondelier, doyen de Norrent-Fontes, "la Jeunesse Catholique" et prend en charge la rédaction et la publication d'un bulletin paroissial appelé "le Carillon de Norrent-Fontes".

En 1914, il est mobilisé comme sergent-chef au 145è Régiment d'Infanterie. Il sera fait prisonnier, lors de la prise de la ville de Maubeuge par les allemands. Pendant la guerre 1940-1945 afin de recueillir des fonds et l'envoi de colis aux prisonniers natifs du village, il crée une troupe théâtrale. On y joua de nombreuses scènes et comédies dont il était l'auteur.
Au journal ‘l'Echo de la Lys’ il fut éditorialiste sous le nom de Jacques d’Artois ; chroniqueur sous le nom de Lydéric dans 'les opinions de mon Voisin', poète en français sous le nom de Jacques d'Artois, patoisant sous les noms de P.Izan, de Batisse et de Polyte. A Isbergues, on lui doit, la monumentale statue qui surplombe la source Ste Isbergues.
Il décède à Norrent-Fontes, le 25 décembre 1958, âgé de 74 ans et repose auprès de son épouse au cimetière de Robecq.


C’est dans la modeste demeure du N° 83 qu’en 1986, que M Paul Hanotte (cressiculteur), avec d’autres producteurs de fruits et légumes du secteur, crée un point de vente précurseur du circuit court. Le groupement deviendra « le Rendez-vous Fermier » et s’amplifiera en déménageant en 2009 au N°61, avant de prendre son actuelle ampleur en s’installant au 7bis route nationale. Laissé vacant le N° 83 accueillera ensuite l’Auto-école Aurélie.



Au N° 76 M Gérard Canoën en 1988 fort de sa notoriété sur les marchés de la région, installe son commerce de prêt à porter, vêtements de travail et professionnel etc. Lorsqu’il cessera son activité en 1999 le local deviendra successivement salon de coiffure. Actuellement « Rével’hair ». En face au N°85 jusqu’au milieu du vingtième siècle, se tenait l’épicerie du Pas-de-Calais tandis qu’au N°87, accueillait le café Tellier Cardon qui deviendra le « Café des sports ». Lorsque Mme Lucette Barbier Tellier cesse son activité c’est le restaurant « la Cressonnière » qui si établira, puis « Au bœuf gourmand » dont l’activité cessera en 2018.




Au début du siècle dernier la famille Defrance Prien, tient au n°89 une boutique de mode et exerce l’activité de tailleur. Par la suite, c’est M Raymond Habourdin qui y tiendra «les Nouvelles épiceries du Nord ». Les années 70 accueilleront la permance de l la Caisse d’épargne tenue par Mme Raymonde Mullet Habourdin.





Au N° 91,en 1950 après agrandissements M Marcel Pouille installera son magasin de chaussures en exercant parallélement son activité sur les marchés de la région, jusqu’en 2000. En face au N°84 la forge Dequene, rythme la route nationale au son de son enclume. Leur fils Robert succédera à son pére après le certificat d’étude. A la cessation d’activité de ce dernier l’atelier et magasin seront adaptés pour la confection et vente de meunuiseries PVC « Calima », puis le magasin deviendra salon de coiffure « Epi tête » et actuellement la boucherie charcuterie traiteur, Lecocq et Westerlynck. Le N° 93 peu d’entre nous se souviennent de l’Estaminet Hubert devenu par la suite l’exploitation agricole de M Hannotte.

A l’angle de la rue Pasteur et de la route nationale, le n°97 habritait l’estaminet de « Papa Jules » (Duhamel).C’est à cette intersection appelée communément « le pont de Fontes » que la route nationale enjambe la fausse riviére. Un pont en dur y fût établi. Le grés gravé qui en commémaurait l’édification en 1744 a disparu lors du dernier élargissement de la chaussée.


Si la grande Histoire a bien un rendez-vous avec Norrent-Fontes, c’est au N° 99 de la route nationale qu’elle nous le donne. Cette construction rectangulaire, dont la façade de brique, campée sur des fondations de grès est limitée par deux pignons de pierre calcaire. Ils dépassent la toiture en formant des rampants en brique de forme triangulaire ou de dents de scie que l’on appelle « pignons à couteau picard ». A ce jour, outre l’église, c’est la construction la plus ancienne connue de la commune, datée 1607 dans ses fondations, par un gré situé en façade. Les propriétaires successifs ont su conserver l’authentique cachet de la cense traditionnelle dite, à cour carrée. La façade arrière en torchis, ses caves voûtées et l’ordonnance des dépendances correspondent à l’édit du roi Henri IV qui nomme en 1607, Maximilien de Béthune, duc de Sully : Grand voyer de France en charge des routes royales, des alignements urbains, des places publiques et de l’embellissement des villes. Actuellement possession de la famille Filbien Lomel depuis cinq générations, ce corps de ferme fût acquis en premier lieu par M Pecqueur, pour y exercer sa profession d’horloger.


Ferme Filbien Lomel


Grès daté


Façade rue de l’abreuvoir

En 1673, Louis XIV a 35 ans et Molière décède, c’est à cette époque, qu’a Norrent-Fontes est érigé le n° 101. L’imposante maison de maître comme la précédente se prolonge rue de l’abreuvoir. Si la façade route nationale demeure discrète, l’arrière du bâtiment est beaucoup plus intéressant. Rue de l’abreuvoir, deux porches aménagés dans le mur d’enceinte, différencient les fonctions de cette ferme. Le premier ceint d’une arcade en berceau en grès, dont la clé de voute ornée d’un écu, est datée 1673, s’ouvre sur une cour fermée par des dépendances à usage de l’intendance domestique de la maison (écuries, four à pain, buanderie, logement du commis, etc.). Le second appareillé de pierres calcaires, est plus haut afin de permettre le passage des matériels agricoles et des chargements fourragers. Ces deux entrées sont délimitées par des piliers en brique dont les pinacles sont couronnés de boulet de canon. Jusque la fin du XX° siècle, des dépendances, grange, étables, basse-cour et l’habitation du censier venaient compléter l’ensemble de la propriété. Ces bâtiments furent rasés pour créer un espace vert, lors de la construction de la salle polyvalente. On peut encore aujourd’hui observer, le long de la nationale et rue Jules Noël, le mur d’enceinte en rouge barre, qui clôt et protège des vents le jardin privatif de la maison.

Maison du Marquis de Wamin


Premier portail rue de l’abreuvoir


Second portail rue de l’abreuvoir

Jusqu’à la fin du XIXème siècle, cet immeuble appartenait à la famille Matton (industriel, filature à Roubaix). Il fut vendu au début du XXème siècle à la famille Régnier puis Dubeaurepaire au début des années 2000. Depuis 2018 M & Mme Lepoivre-Béve, en sont les nouveaux propriétaires. La tradition orale veut que l’on attribue cette propriété au « Marquis de Wamin ». Cette hypothèse reste crédible du fait qu’à Norrent-Fontes, on ne puisse dire (faute d’archives), qui en fût le seigneur primitif. Quant à l’administration des seigneuries elle était copiée sur les baillages judiciaires. Le seigneur, propriétaire de plusieurs seigneuries, titulaire de charges et dignités, ne pouvait résider dans toutes ses terres. Il y était représenté par un bailli, chargé des attributions du maître, assisté d’un “lieutenant” pour le seconder et ayant sous ses ordres des hommes de fiefs pour les affaires nobles et des hommes cottiers pour les affaires roturières.
Nous aurons l’occasion de mieux comprendre cet état de chose, lorsque nous aborderons le chapitre des seigneuries de Norrent-Fontes.


A l’angle de la route nationale et de la rue de Rely au n°88, s’élevait la ferme Hannotte. Aujourd’hui disparu, cet imposant corps de ferme à cour carrée et aux pignons « à couteau picard» datait également du XVII siècle. Au n°92, M Adolphe Ranvin exerçait le commerce de meuble pendant que son épouse tenait un modeste estaminet. De 1969 à 1999, M et Mme Brogniart y exploiteront le café « chez Myrtale ». Depuis leur départ se sont succédés régulièrement, café, café-brasserie, friterie…. Sur le « parking » attenant se trouvait « la bascule à betteraves ».

Détails


Vue d’ensemble début du XX siècle

En 1976, M et Mme Michel Bout transportent leur élevage avicole & graineterie de Robecq, au n° 96 de la route nationale. Lorsqu’ils cessent leur activité en 2003, l’exploitation devient à l’initiative d’un promoteur privé « le Pôle Norrentreprise ». Divisés en locaux commerciaux, les bâtiments abritent actuellement : Lys Artois Flandres Services, l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques ainsi que le salon de coiffure Divine Coiff. Au n°98 M Marcel Dehosse producteur, négociant, installe ses bâtiments d’élevage de porcin. Après destruction des bâtiments, c’est en 1986 que M & Mme Pascal Delvart y établissent leur Friterie jusqu’en 2017, date à laquelle M David Vasseur leur succédera.




Dans la seconde partie du vingtième siècle, M Roger Cardos, configurateur de meubles sur mesure, dans son atelier compris entre n° 103 et 105 exerçait outre sa profession un loisir assez original. En effet ce passionné de mécanique, de calculs et d’aviation, y construisit son propre avion. Après son départ se succéderont, solderie, entrepreneurs et particuliers.
Nous voici donc presque arrivés à la sortie Nord de la commune. Nous avons pu constater, combien l’activité au fil des siècles s’est développée et installée le long de cette artère principale qui la traverse. Mais Norrent-Fontes c’est également des rues toutes aussi actives, qui reflètent et animent une vie rurale aussi dense que diversifiée. C’est donc un autre chapitre patrimonial tout aussi riche, que vous invite à découvrir après la prochaine parution, l’histoire de la gendarmerie.


LA GENDARMERIE
Souvenez vous, au 29 de la route Nationale, la Maréchaussée devenue Gendarmerie, s’installe ensuite dans le corps d’habitation de la ferme du château de Norrent, rue de la cense (aujourd’hui rue du 19 Mars).
Fin juillet 1940, un feu mal éteint dans une dépendance où l’on y faisait la lessive, embrase le bâtiment et le rend inhabitable. Les gendarmes et leurs familles seront logés chez l’habitant jusqu’à la fin de la guerre. Le conflit terminé la brigade s’installera quelques temps au château de Mazinghen, puis en 1953 dans les bureaux de la compagnie des mines de Ligny lez Aire, à Lambres lez Aire. C’est en 1976 suite à la donation de M Victor Cadart d’un terrain situé à l’entrée nord de Norrent-Fontes, que la gendarmerie se ré-installe sur la commune. En Mars 2016, la gendarmerie s’installe à St Venant.



Bâtiment Route Nationale



Ferme du chateau de Norrent



Chateau de Mazinghem



Bureau de la compagnie des mines de Lambre lez Aire



Gendarmerie de Norrent-Fontes



Gendarmerie de Saint Venant






Chapitre 3

Nous retournons maintenant sur nos pas jusqu’au lieu-dit le « Pont de Fontes ». Prenons la direction de Rely et aussitôt la première route à droite route Rombly qui nous amène à la limite des deux communes (Rombly et Norrent-Fontes). A l’intersection des deux routes au lieu-dit le Moulin de Bois, se trouvait l’un des deux moulins à vent connu sur notre commune. Celui-ci, probablement le plus ancien se situait sur l’exploitation agricole de M Paul Réant puis M Raoul Barbier. La mémoire locale relate sa disparition par un incendie vers 1890.



Nous ne possédons à ce jour que de rares documents et actes de propriété qui attestent la présence de ce moulin. Il est toutefois positionné sur la carte Napoléonienne du cadastre. Nous revenons par la rue du 8 Mai pour faire une halte à l’intersection de la route de Rely. Sur notre gauche, le champ de forme triangulaire est connu comme lieu-dit «le tilleul La Malice ». D’après André Bavière, un gros tilleul y trônait autrefois et servait de lieu de rendez-vous aux jeunes amoureux de la commune. Mais il semble plus probable que ce nom émane du nom de famille d’un propriétaire ou d’un sobriquet, puisque M Charles Duhamel était surnommé (la malice). Sur la carte citée précédemment, l’endroit est noté : « Le Tilleul à l’amalisse ».

Nous tournons à gauche, direction Rely où sur le bas-côté de la route au niveau de la société Hannotte Franck & Claude (producteur de légumes de saisons et d’endives de pleine terre), débute la fausse rivière, dont nous parlerons prochainement. Un peu plus loin sur la droite le grand bassin de rétention achevé en 2019 précède en façade une marnière, dite « petite marnière » ou référencée sur le cadastre « dessus des marnières ». Une habitation aujourd’hui disparue y est également relevée. Les marnières artisanales sont assez fréquentes dans la région, ce sont des cavités creusées pour extraire (craies, marnes) utiles pour l’amendement des sols principalement au cours des XVIIIe et XIXe siècle. Toujours en direction de Rely une autre marnière se situe un peu plus loin sur la gauche le long d’un chemin de terre. Cette « Grande Marnière » à ciel ouvert également répertoriée sur la carte (Marnière d’Arson) possédait une habitation disparue aujourd’hui. Jusqu’aux 3 / 4 du vingtième siècle cette excavation fût utilisée comme décharge municipale de la commune.





Nous retournons sur nos pas en direction de la route nationale. En passant devant le N°2 de la rue de Rely, certains se souviendront de M Jean Hannotte, personnage atypique, qui exerçait dans la région une activité aujourd’hui disparue.





Plus connu sous le sobriquet « d’ech’tueux », M Jean Hannotte sillonnait à vélo la région affublé de son attirail, pour officier là où le cochon était bon à tuer. C’est chez M Paul Denis (boucher, place de Fontes), que Jean fait ses débuts, dans le monde de la boucherie. Marié à Suzanne Bultel avec qui il aura 2 enfants. C’est à la boucherie Rifflart rue St Omer à Aire sur la Lys, qu’il fera son apprentissage de boucher, avant d’intégrer les aciéries d’Isbergues. C’est donc, après ses « postes » que Jean, officie comme « tueur ».
Il s’éteint en janvier 2015 emportant avec lui une tradition, pluri centenaire.

Ech’tueux pourchiaux. (Scène de vie)
Le cochon, à la campagne, avait son très importance. Il permettait aux villageois de manger une viande grasse qui apportait l’énergie dont ils avaient besoin.

Pratiquement chaque famille élevait un voir deux cochons durant l’année et s’arrangeait pour en avoir toujours un à l’élevage. Ils étaient généralement élevés dans une petite étable, équipée d’une auge, en pierre et parfois d’une petite cour, pour que l’animal puisse profiter de soleil. On allait acheter le petit cochon au marché à bestiaux d’Aire, à des éleveurs de la région.

Une fois installé, le porcelet mangeait tous les restes des repas de la famille, buvait les eaux grasses de vaisselle et le lait écrémé “petit lait” des vaches, issu de la fabrication du beurre. Pour sa croissance on complétait les repas avec des pommes de terre que l’on faisait bouillir (dans le bouillot) et une farine (mélange de blé d’avoine ou d’orge), Cet élevage permettait aux familles de manger de la viande à bon prix, le bœuf acheté chez le boucher était, lui, réservé aux grandes occasions. Vers sept, neuf mois, le cochon d’une centaine de kilos, était bon à tuer. C’est là qu’entrait en scène le tueur de cochons. Ce gaillard costaud et énergique, aux larges épaules se faisait aider du chef de famille ou d’un voisin. L’abattage, se faisait en dehors des grandes chaleurs et en général l’hiver. Tôt le matin, commençaient les préparatifs. De l’eau tiède, un lit de paille et deux pieux bien enfoncés dans le sol pour maintenir l’animal. Pour tuer le cochon, deux procédés s’affrontaient.

Soit on l’assommait, car certains prétendaient qu’après avoir reçu l’assommoir l’animal était paralysé et que la saignée incomplète, la viande devenait rouge. Le cochon, à jeun depuis la veille, était attaché aux deux pattes d’un côté afin de bien le maîtriser. Quand on tirait sur les cordes, celui-ci était déséquilibré et projeté par terre.

L’animal amené à proximité du gibet, au coup sec bien placé sur la tête, tombait en syncope. Les hommes se précipitaient alors pour le maintenir fermement pendant la saignée. La mère, recueillait le sang utile la fabrication de la fressure ou des boudins. Dans une poêle, elle captait le sang puis le déversait dans un chaudron tout en brassant énergiquement à la main pour éviter la coagulation.

Dans l’autre cas il fallait maîtriser le cochon, avec les cordes solidement fixées aux deux pieux, et force de deux hommes costauds, tenant chacun une oreille, était sollicitée... Le cochon poussait des hurlements qui ameutaient toute la campagne alentour. Une fois l’animal stabilisé, le tueur s’appuyait sur sa tête et d’un coup de couteau précis, lui tranchait la veine du cou. Le sang giclait par saccades, chaud et bouillonnant, se déversant dans la poêle, sans cesse agitée par les derniers soubresauts de l’animal. Rapidement le cochon était vidé de son sang. Ses cris faiblissaient, ses spasmes s’espaçaient, puis dans le râle de fin de vie, la bête s’agitait avec l’ultime souffle, c’était fini…
Venait ensuite la préparation du cochon. Le brûlage s’effectuait sur le lit de paille prévu pour y mettre le feu. Le cochon était soigneusement roulé dans les flammes pour brûler les soies sur tout le corps. Le rasage, avec une râpe dure pour enlever la première peau en même temps que les derniers poils et les traces de brûlure. La dernière opération consistait à faire sauter les “onglets”, (ongles des pattes), en les tordant d’un geste bien précis. Enfin le lavage à l’eau tiède rendait la peau lisse et propre.
Ensuite l’animal était roulé sur une échelle. Les tendons des pattes arrière, dégagés de deux coups de couteau bien précis, liés avec une cordelette, servaient à attacher solidement la carcasse. L’ensemble était relevé et appuyé contre le mur, suspendu la tête en bas, le cochon, était prêt à être vidé.
Le premier coup de couteau faisait jaillir les tripes, puis la vessie, les rognons, suivis de l’estomac, protégé de sa crépine qui servait à confectionner les crépinettes et à couvrir le pâté, le foie duquel il fallait ôter et jeter le fiel.





A l’aide d’une passoire recouverte d’un torchon propre, tous les viscères étaient récupérés pour la fabrication du boudin et des saucisses. Les femmes ensuite s’affairaient rapidement au nettoyage à l’eau courante des tripes. Les poumons quant à eux étaient suspendus à un crochet au plafond. La carcasse était fendue à l’aide du cassoir en deux parties égales jusqu’à l’extrémité de la tête. Afin d’obtenir une meilleure fermeté de la chair, la viande devait refroidir 24h avant de pouvoir la travailler.

Le lendemain donc, le tueur intervenait à nouveau pour la découpe de la carcasse, qui se déroulait sur la grande table de la cuisine, deux jambons et deux épaules à accrocher dans la cheminée pour faire fumer et sécher. Dans le saloir en terre cuite les côtes et le lard, pour leur conservation étaient recouverts de sel. La cuisine était l’affaire des femmes depuis des générations se transmettaient les recettes “de grand’mère”. Saucisses, pâtés, rillettes, boudins, tripes... De ce fait toute la viande du désossage, était utilisée. Broyée au moulin, additionnée d’eau, de pain, de sel, d’épices et portée à ébullition dans une grande marmite ou cuite en plats de terre. Sortaient alors des fourneaux et de la cuisine, une multitude de plats dont le fumet exhalait de suaves odeurs qui aiguisaient nos appétits. Certains morceaux de viande une fois refroidis étaient mis en pot de grès, et recouverts de saindoux pour assurer l’étanchéité pour la conservation. Le toilettage et la désinfection des jambons à l’eau de vie étaient les premières opérations avant le salage. Cette étape durait un certain temps, selon le poids de ceux-ci (tant de livres, tant de jours dans le sel). Un tissu serré autour du jambon était cousu laissant passer de l’air tout en barrant le passage des insectes et pour un meilleur contact avec le sel. Certains l’enfouissaient complètement dans le sel. Le salage terminé, le jambon était suspendu dans la cheminée pour achever son séchage. Le fumage, donnait du goût à la viande. A la campagne, c’était comme ça… les andouilles, les jambons et les chapelets de saucisses étaient pendus aux clous prévus au plafond pour ça. L’odeur de la viande se répandait alors, dans toute la maison.


De nouveau sur la route Nationale en direction de Lillers, nous empruntons sur la droite la rue du 8 Mai. Avant le carrefour, engageons-nous sur la gauche, dans la rue du Moulin de Briques, ainsi dénommée, en opposition au moulin de bois, cité précédemment. C’est le deuxième moulin à vent connu sur la commune, il figure en 1729 sur la carte des Consorts Masse, sous le nom de Moulin de Merveille. Edifié en briques, il s’élevait sur trois étages. Afin de limiter la concurrence, il fût acheté en 1898 par M Hyacinte Duval, meunier de Waringhem. La raison de sa destruction nous est inconnue et c’est le 25 Juin 1906 que, M Jules Pouille (père) devient acquéreur du terrain ainsi que du corps de ferme y attenant.



M Jules Célestin Jospeh Pouille (fils), est né le 19.02.1892 à Norrent-Fontes où il était cultivateur. Appelé au service armé, il incorpore le 1er régiment d’infanterie au grade de sergent. A 22 ans, il participe à la bataille de Belgique, puis à celles de la marne et de Verdun. Grièvement blessé le 17 avril 1915, à l’arcade sourcilière, à l’épaule gauche et une plaie pénétrante à la poitrine. Le 29 avril, il est admis à l’hôpital de Montpelier jusqu’en août. Un mois de permission lui est accordé, l’examen radioscopique ayant révélé la présence d’un éclat d’obus d’environ 1 cm 3 dans le thorax gauche à 7,5 cm, qui a traversé le poumon gauche et s’est fixé contre la plèvre. Les chirurgiens renoncent à l’extraction de l’éclat et M Jules Pouille rejoint le front en juillet 1916. Fait prisonnier en 1917, il ne rentrera dans son foyer qu’en 1919. Il sera décoré de la médaille militaire.



Invalide, il n’en reprend pas moins son activité agricole. Conseiller municipal à partir de 1923 il fut réélu de nombreuses fois. Il ne cessera d’apporter sa contribution à la commune et à la population. Il sera entre autre, fait Chevalier du mérite agricole. Pour la petite histoire, un beau matin de 1955, alors pris d’une très forte quinte de toux, M Jules Pouille recrache l’encombrant éclat d’obus reçu quarante ans plus tôt. M Jules Pouille s’éteint, après une vie bien remplie, le 13 juillet 1981 à l’âge de 89 ans. Mme Anne-Marie Gotrand, sa fille, conserve religieusement dans un flacon hermétique la relique, qui à ses y eux, a plus de valeur que toutes les médailles.



Nous regagnons la rue du 8 Mai, où se trouvait jusque dans les années 60/70 le terrain de football. Aujourd’hui, deux habitations (N° 17 et N° 15) se partagent cette ancienne aire de jeux. Face au N° 16, un magnifique tilleul trône depuis un siècle et demi, dans le fond du parc de l’actuelle propriété du Dr Dominique Bernard (ex étude Bavière). Elagué récemment pour la seconde fois, pour des raisons de sécurité. Il peut être considéré comme l’un des patrimoines vivant de la commune et pourquoipas, postuler au titre « d’arbre remarquable » par ses dimensions, son âge et son envergure.


Continuons l’exploration de notre village, en nous transportant, rue Jules Ferry au niveau de l’actuelle agence bancaire. Sur la gauche s’étire un alignement de maisons mitoyennes à un étage, érigées au début de la seconde partie du XXe siècle. A la même époque Mme Chatelain Boulet tenait au N°14 la permanence de la Caisse d’Epargne. En 1962 M & Mme Hochart Coulon acquièrent le N°18 et créent le magasin Nel-Fleur sur la partie droite de l’habitation (jusqu’à la délocalisation en 1977 route nationale). A l’angle de la rue de l’église, le presbytère s’élève avec ses bâtiments sur un grand terrain. L’entrée autrefois flanquée de gros marronniers qui précédaient la lourde grille, s’ouvre sur une cour carrée. Au rez-de-chaussée les constructions sont appareillées en « rouge barre ».



Sur la façade centrale quatre fers de chainage indiquent la date de 1736. Nous pouvons ainsi imaginer l’aspect primaire du presbytère en abaissant la toiture à celles des bâtiments latéraux.

C’est en 1863 que la partie centrale fût rehaussée d’un étage. Sur le côté gauche de la façade se trouve l’ancienne écurie qui devint par la suite garage. S’en suivait le fournil, aujourd’hui local du secours catholique. L’on peut encore observer de nos jours sur le mur extérieur côté rue, l’emplacement du four à pain.



L’aile droite se compose quant à elle d’une salle de séjour sous laquelle se trouve la cave voûtée en pierre blanche, la cuisine et un vaste cellier. La partie centrale se compose du bureau du prêtre, dont les murs sont ornés de boiseries intéressantes. La vaste salle à manger est éclairée de hautes fenêtres donnant surle jardin. Le couloir sépare la partie privative et donne l’accès à deux salles qui servirent de salle de catéchisme. A l’étage les chambres et greniers complètent le logement. Si aujourd’hui le presbytère nous apparait facilement accessible, il était autrefois délimité cote rue J. Ferry, par un long mûr et rue de l’église par une haie d’aubépines et tilleuls.
Le jardin avait trois vocations principales, à savoir nourrir, soigner et décorer. Si curés et vicaires s’employaient à le cultiver et l’entretenir, ils étaient soutenus par quelques villageois bienveillants. Le prêtre n’en demeurant pas moins l’organisateur principal.
L’on y trouvait une grande parcelle consacrée au potager, nécessaire aux besoins alimentaires du presbytère, (légumes et plantes potagères, tomates, choux, salades, des aubergines, de la rhubarbe, des oignons...). Une partie consacrée aux aromatiques (thym, romarin, menthe, basilic, sarriette, estragon, marjolaine, origan, mélisse, fenouil, persil et autre coriandre) y étaient à l’honneur. Dans la partie des simples, réservée aux plantes qui soignent les maux les plus courants, seront privilégiées comme la Camomille romaine pour les maux de ventre, l’Echinacée qui est un stimulateur des défenses immunitaires, la lavande contre les insomnies, les attaques parasitaires et l’asthme, le thym puissant antiseptique, sans oublier l’indispensable sauge officinale, considérée longtemps comme une panacée tant ses rayons d’action sont larges. A l’abri du mur au fond du jardin, les fruitiers étaient à l’honneur avec des poiriers palissés, et surtout des petits fruits rouges comme les groseilliers, framboisiers et cassissiers. Outre le buis, les arbres présents étaient essentiellement des arbres fruitiers, voire des arbustes fleuris, dont les rameaux constituent d’ailleurs de splendides bouquets. L’église ayant besoin d’une touche de douceur, une autre partie était consacrée à la culture de grandes fleurs dédiées à la décoration de l’autel. Certaines de leurs noms ont de fortes connotations religieuses : les lys de la madone, la monnaie du pape, les cœurs de Marie, le gant de notre dame, ou encore l’œil de Dieu ! De nos jours, clôtures et haies ont disparues pour faire place à de vastes espaces verts engazonnés arborés et fleuris. Quelques vieux fruitiers subsistent et veillent sur la nouvelle vocation du jardin, « celle de l’échange et du partage ».

A la révolution, par adjudication le 19 Nivose de l’an V, (8 janvier 1797), le presbytère provenant de la fabrique (*) du lieu, est vendu au Sieur Leprêtre de Norrent pour la somme de 1950 francs. Face au presbytère, la place dite « de la Mairie » se distingue de celle de Fontes, par sa forme triangulaire. Elle est longée, côté rue Jules Ferry de tilleuls centenaires. C’est une tradition qui remonte à l’époque de Sully, ministre de Henri IV, de faire planter des tilleuls ou des ormes devant la porte des églises ou sur la place principale. Ces arbres étaient destinés à abriter les assemblées des villageois tenues au sortir des offices. Ceux de la place et de la rue de l’église ont été palissés dans un but ornemental et esthétique.



Au centre de la place jusque vers les années 1975 un immeuble s’élevait un immeuble. L’entrée principale encadrée d’un porche de style Empire, donnait l’accès au rez de chaussée à la mairie. A l’étage se trouvait la salle où siégeait le juge de paix, qui y tenait des audiences publiques bimensuelles. Les lois des 16 et 24 août 1790 instaurant les justices de paix dans chaque chef-lieu de canton pour le règlement amiable des conflits, les juges de paix prononcent des jugements en équité et non en droit. Ces justices de paix sont durablement modelées en décembre 1801 et commencèrent à fonctionner le 25 thermidor an X (13 août 1802). La professionnalisation des juges de paix et le regroupement des justices de paix, débuté en 1929, ont constitué les prémices de la disparition de ces juridictions, supprimées en 1958. C’est en 1971 que les justices de paix des cantons de Béthune, Cambrin, Laventie, Lillers et Norrent-Fontes furent réunies en un tribunal d’instance siégeant à Béthune.

La façade opposée, donnait accès à l’école des garçons, qui utilise l’extrémité de la place comme cours de récréation. L’école perd son utilité avec l’édification de nouvelles salles de classes (1904/1906) le long de la route nationale.(bulletin février 2019). A l’intersection de la rue Jules Ferry et celle du 19 Mars, s’élevait un petit édifice circulaire nommé « la prison » qui n’était qu’un local où l’on y enfermait quelques temps les personnes avinées, les animaux errants etc. Avant sa destruction il fût transformé en « cabinets » pour les écoliers.


(*) La fabrique ou fabrique d'église, désignait un ensemble de « décideurs » (clercs et laïcs) nommés pour assurer la collecte et l'administration des fonds et revenus nécessaires à la construction puis l'entretien des édifices religieux et du mobilier de la paroisse : église(s), chapelle(s), calvaire(s), argenterie, luminaire(s), ornement(s), etc. Les membres du conseil de fabrique étaient donc des administrateurs désignés par les termes de marguilliers ou de fabriciens. Les revenus de la fabrique provenaient des quêtes, offrandes, dons en nature, loyers et fermages, legs mais aussi de la location des places de bancs dans l'église qui fournissaient un revenu régulier pour la fabrique.



La justice et l’administration de notre commune
Bien avant la révolution (1789), trois seigneuries, (s'rie Norrent, s'rie Fontes et s'rie Waringhem) régissaient ces fiefs. Norrent et Fontes faisaient partie du Comté d’Artois et furent ainsi sous la domination Espagnole.
Waringhem qui dépendait du Comté de St Pol devint Française en 1237, après que le comte de St Pol eut rendu hommage au roi Saint Louis.
La justice était alors rendue par le Seigneur du lieu. Dans notre cas ces pouvoirs étaient délégués, à un Lieutenant ou Bailly, assisté d’un Procureur et d’un Sergent (agent de police ou garde champêtre), d’un Prévôt (officier de gendarmerie), aidé d’Echevins ou Greffiers. A la révolution la justice fut rendue par des tribunaux de simple police (Juge de Paix), les tribunaux de première instance, d’appel, de cour d’assise et de cassation. Sous l’ancien régime, les départements n’existaient pas. Il s’agissait alors, de Provinces, Comtés et Seigneuries. Les états d’Artois constituaient les états généraux de la province (conseil général actuel).

La constitution de l’an III, (1794 / 1795) supprime les districts et crée les administrations cantonales après le coup d’état du 18 brumaire (9 novembre 1799). C’est alors le préfet qui nomme les municipalités, les maires et les conseillers généraux. A l’époque ou Norrent-Fontes n’était pas encore chef-lieu de canton et faisait partie du canton de Liettres, l’on connait par un acte notarié ratifié le 11 fructidor an II (28 août 1794) un Juge de Paix à Liettres, Georges Joseph Hannotte, résidant à Norrent. Marié à Marie Louise Denuncq il exerçait également le métier de brasseur. Un procès-verbal du 1 Ventôse an X (20 février 1802) atteste l’installation du citoyen Georges Hannotte comme Juge de Paix du canton de Norrent-Fontes. Très peu de témoignages nous sont parvenus quant aux autres Juges de Paix. L’on connait M Florent Désiré Urbain Marchant suivi de M Héliodore Florimont Candelier. De 1948 à 1971, M Mauflier, M Gillet, Mme Cabal, M Dupuis, M Buffeteau et M Henri Frigault.

Lorsqu’il était indisponible je Juge de Paix était remplacé par son suppléant. Nous avons la trace en 1840 de M Georges Hannotte et plus récemment M Boucly, chef du contentieux des mines de Marles, résidant à Auchel et M Blarel pharmacien à Isbergues. Lors des séances le ministère public était représenté par le maire. Le Juge de Paix était assisté d’un greffier nommé par le chef d’état.
La nomination de M Philippe Wambergue par Bonaparte, alors premier consul datée du 8 Pluviôse de l’an XI (28 janvier 1803) nous est parvenue.

Depuis la révolution les communes sont administrées par un conseil municipal présidé par le Maire. Les membres du conseil municipal ainsi que le Maire étaient nommés par le Préfet, sur rapport du sous-préfet de l’arrondissement. C’est en 1833 le gouvernement de juillet instaure les élections du conseil municipal au suffrage universel. En 1848 (2 ème république) les élections se font toujours au suffrage universel, mais le Maire est désigné par le conseil Municipal.

Le premier Maire de la Commune fût M Jacques Joseph Lourme suivi par M Charles Réant en l’An XI, puis en 1808 M Augustin Maton, en 1818 M Jacques Willay, 1837 M Augustin Coubronne, 1845 M Pierre Joseph Hannotte, 1848 M Auguste Wambergue, 1870 M Fleury Lourme, 1876 Constantin Réant, M Edouard Cossart, 1894 M Cyr Louis Leflon, 1901 M Cyr Benoît Leflon, 1908 M Isidor Canda, 1911 Auguste Demarle. 1929- 1941 M Jules Fréville, ce dernier dû cesser d’exercer son mandat pour raison de santé. C’est alors M Henri Denis, adjoint qui lui succéda jusque qu’à la nomination d’une délégation spéciale par le préfet en septembre 1943 pour la gérance de la commune, après dissolution du conseil municipal. La délégation spéciale fût formée avec M Benjamin Leroy comme Président, M Louis Dervyn, M Bénoni Proyart, M François Berdou, M André Bavière, M Paul Réant. Cette délégation fonctionnera jusqu’à l’élection de Mai 1945. 1945 M François Thelliez. 1959 M Marcel Cocq, 1983 M Alain Lefebvre, 2001 Mme Liliane Poëtte, 2002 M André Delgéry, 2008 M Marc Boulnois, 2014 M Bertrand Cocq.



Dessin souvenir de M Jacques Demarles



Vue reconstituée de la « Prison » à son emplacement initial









Au 26 de la rue Jules Ferry, s’élève au fond du terrain, la charmante demeure de M & Mme Birlouez. Cet immeuble provenant de la famille Maton fût aménagé vers 1850 pour y accueillir jusqu’en 1956, l’école primaire privée, mixte, Notre Dame du bon conseil. L’enseignement était assuré dès le début par les sœurs de la Sainte Famille d’Amiens, puis Mme Charlet, évacuée de Merville pendant la guerre 14/18. Se succédèrent par la suite, Mesdemoiselles Germaine et Philomène Batteau suivies de Mesdemoiselles, Smagues, Georgette et Marinette Roche. En 1956 l’école est transférée rue des cressonnières et c’est la famille Blarel qui occupera l’immeuble par la suite, suivie de M & Mme Moignard, et actuellement de M & Mme Birlouez.



L’école primaire a connu une longue évolution en France au cours des siècles. Avant la conquête de la Gaule par les Romains, druides et bardes étaient les maitres du savoir. Les druides, à la fois prêtres, magistrats et éducateurs assurent l’instruction de la jeunesse gauloise noble. Il faut attendre la Gaule romaine pour que soient créées les premières écoles primaires où est dispensé l’enseignement aux enfants de 7 à 12 ans. Au début du Moyen-Age, les écoles ecclésiastiques l’emportent sur les écoles gallo-romaines dans toute la Gaule. C’est alors que naissent les écoles presbytérales ou paroissiales. Les petites écoles se généralisent aux 11ème et 15ème siècle. Les enfants entre 6 et 8 ans suivent les leçons des écoles dirigées par les curés des villages ou les clercs.
L’instruction à Norrent-Fontes est mentionnée dans le procès-verbal rédigé par le prêtre de l’époque (Pierre de Busnes), à la requête du doyen d’Aire auprès de toutes les paroisses dépendantes de sa juridiction, pour constater que l’enseignement donné était conforme aux préceptes de l’église Romaine.

Procès-verbal de la visite faite dans l’école du lieu par le curé de Norrent-Fontes en 1568.
« Nous, Sire Pierre de Busnes, prestre, curé propriétaire de Norrhem, Jehan Betoul, lieutenant de Franchois Oemont, bailly de la terre et seigneurie dudit Norrhem, certifions à tous qu’il appartient que Filippe Davion, natif du villaige de Molinghem joeune filz a marier, est depuis dix-sept ou dix-huit mois clercq en l’église et paroisse dudit Norrhem, bien faisant ses debvoirs tant au service divin que aulx enseignementz des petits enffans a l’escolle, comme leur enseignier leur livret, réponses de la messe, sept saulmes, les douze articles de la foy ; les dix commandementz de la loy, et le commandementz de nostre mère saincte église catolique, selon que l’église romaine nous ordonne et enseigne avecq la maniére et la fachon de lire et escryre comme il est d’ordinaire au joeusnes et petis enffans. « Tesmoingz nos signes manuelz chy mis le XII ze de mars 1568. »
P.De Busnes, prestre Jan Bertoul






Pendant l’Ancien Régime, (16ème – 18ème siècle) l’enseignement primaire est toujours confié à l’église, qui encourage la création d’écoles primaires pour assurer la diffusion de sa foi. Louis XIV pour lutter contre la Réforme protestante rend obligatoire l’école primaire catholique par la déclaration royale du 13 décembre 1698. A la fin de l’ancien Régime, les progrès de l’alphabétisation restent limités : 37% seulement des Français sont assez instruits pour signer leur acte de mariage.
De la révolution de 1789 à la fin du second empire 1870. Les révolutionnaires manifestent peu d’intérêt envers les « petites écoles » qui restent sous la surveillance de l’Eglise. Les écoles primaires, dans la majorité des paroisses, sont toujours dirigées par des congrégations ou des ordres religieux. La constitution de l’an 3 (22 août 1795) supprime l’obligation scolaire et la gratuité, sauf pour les indigents. En revanche, la liberté de l’enseignement est maintenue.
Napoléon 1er contrôle étroitement les écoles primaires. Toute ouverture d’école doit être enregistrée dans la mairie de la commune. En 1815, au début de la Restauration, l’Etat veille à ce que l’instruction primaire soit fondée sur la religion et le respect de la monarchie. Le maire et le curé sont chargés de la surveillance des écoles. Les écoles mutuelles se développent rapidement. Dans la majorité des villages, on ne trouve qu’une classe unique, mixte, organisée dans des locaux modestes. La loi Guizot (28 juin 1833) instaure que les communes de plus de 500 habitants doivent avoir une école primaire. Toutefois, l’obligation scolaire n’est pas encore établie. Chaque département doit avoir une Ecole normale et en assurer le fonctionnement. En 1848, les maitres sont nommés par le ministre de l’Instruction publique. L’instituteur devient un fonctionnaire de l’Etat. Ce n’est plus l’évêque qui contrôle les instituteurs. La loi du 28 juin 1833 reconnait la liberté de l’enseignement. Elle distingue deux sortes d’instituteurs : Les instituteurs communaux ou publics et les instituteurs privés. Seuls les instituteurs publics bénéficient d’un logement et d’un salaire communal. La loi Falloux (15 mars 1850) renforce l’enseignement confessionnel des congréganistes et des sœurs. Mais la politique libérale de Victor Duruy, ministre de l’Instruction publique de 1863 à 1869, ouvre une ère nouvelle. L’influence des Congréganistes est limitée. La gratuité de l’école primaire se développe et l’on encourage la création des écoles de filles.

Si très tôt avant (1550), l’instruction fût établie à Norrent-Fontes, la confrontation entre école privée et publique n’en était pas moins réelle. Physiquement en vis-à-vis, chacune des institutions, rivalisait dans une atmosphère de tolérance et de compétitivité, digne de Don Camillo et Peppone.



En commençant en haut de gauche à droite :
- Mell Georgette Roche, Henri Barel, Jean-Marie Payen, Béatrice Labitte, Christian Telliez, Brigitte Pruvost, Marie Claire Demarles, Jacques Bavière.
- Jocelyne Labitte, Nadine Devaux, Marylène Delgéry, Monique Courtin, Marie Paule Payen, Marie Luce Carpentier, Jean-Paul Cocq, Jean-Marie Baude, Jean Pierre Demarles. Gilbert Cocq, Jean-Claude Tanchon, Guy Blancart, André Courtin, Philippe Baviére, Raymond Lemoine, André Barel.





Au N°24, c’est dans cette imposante demeure, que résidèrent successivement les docteurs CANDAS puis LEROUGE.

Le couple Derville Matton s’y installe à leur suite et crée l’entreprise « Derville frères », spécialisée dans le transport, manutention et levage. Elle devient, SARL (TRANS.MA.LEV) en 1961 et se délocalise rue principale à Saint-Hilaire- Cottes en 1981.
Le hangar devient alors garage pour manèges forains, puis zone de stockage de l’entreprise textile Guy Leroy. Acquis par la Mairie, il sert actuellement de local technique pour la commune.
L’immeuble vendu en 2002 est occupé aujourd’hui par la famille Kaissi Bougahzi.

Pour rappel, en face, sur la place, se trouvait le bâtiment de l’ancienne Mairie, Tribunal et école publique. Au N° 15 l’estaminet de Monsieur Gaspard Hubert, au N° 13 (avant de devenir Mairie puis Médiathèque) un autre café.





Au N° 9 le café de Monsieur Bocourt et repris par le couple Cadart Bouten en 1946.
Monsieur Cadart exerçait auparavant le métier de bourrelier « au 13 rue de l’église ». Avec l’apparition des tracteurs et du matériel agricole moderne sa profession décline. Il décide alors de se reconvertir en cabaretier et renforce son commerce en y adjoignant le Pari Mutuel Urbain (PMU). A sa suite plusieurs propriétaires se sont succédés au Vincennes qui a aujourd’hui perdu son agrément, ce qui n’empêche pas Monsieur Vannoye de vous accueillir chaleureusement dans l’un des deux derniers cafés de la commune.



Au N° 11, c’est en 1973 que Monsieur Paul Picque, alors peintre professionnel à Ecquedecques installe pendant quelques années une droguerie, avant d’enseigner son art principalement au Lycée Jean Jaurés à Aire sur la Lys. A la retraite Monsieur Paul Picque, fort de son expérience, s’attache à la restauration de nombreuses statues et mobiliers de nos églises. Le traitement des bois leur préservation et conservation sont sa priorité. Il excelle notamment dans l’art de la polychromie dont l’on peut aujourd’hui, admirer le résultat entre autres, sur le Maître Autel de notre église.
Conscient de l’importance et de la valeur patrimoniale de l’église Saint Vaast, il fût durant de nombreuses années avec son épouse, dépositaire des clefs de l’édifice, avant de passer le relais au couple Gabriel et Nelly Hochart.

A l’angle de la place de Norrent se trouvait un important ensemble de bâtiments (visibles sur le plan Napoléonien ci-dessous). Il s’agissait d’une brasserie-malterie composée du logement patronal, d’un atelier de fabrication, de pièces de séchage, d’un entrepôt commercial et au sous-sol de superbes caves voûtées qui s’étendent encore, du N° 7 à l’actuelle la salle des tilleuls.





A la cessation de l’activité brassicole, les locaux sont affectés à l’usage de l’exploitation agricole de M Adolphe Berthelet. Le bâtiment à l’angle de la place devient habitation. C’est dans cette maison que résidait sœur Félicité Warnet, de la Sainte famille d’Amiens. Malgré sa jambe de bois elle se dévoua de 1884 jusqu’à son décès 1909 avec sœur Marie Grossemy à l’éducation des petits enfants de l’asile (école maternelle) de Fontes (rue Pasteur). Sur sa tombe l’on pouvait lire l’épitaphe suivante.
Après s’être occupé pendant 25 ans de l’éducation des petits enfants, elle n’a connu que deux chemins, celui de l’église de Norrent et celui de l’asile de Fontes.
A l’emplacement de son habitation et sur une portion des caves de la brasserie l’on érigea la salle paroissiale. Deux cartouches réutilisés et situés de chaque côté d’une niche aujourd’hui vide, témoignent sur le pignon, de la longue transformation des bâtiments.
A la fin du XXe siècle la salle paroissiale devient salle communale et porte le nom de salle des tilleuls depuis sa totale rénovation en 2013.






Au N°3 c’est en 2003 que s’installe KIN & FORM, cabinet des masseurs kinésithérapeutes, Dany Delattre, Jérôme Boulet, Alice Cuvelier Barbier.


Qui aujourd’hui en empruntant les abords de l’église, pourrait deviner que cette place et la rue de l’église, furent pendant très longtemps le principal centre de vie de Norrent.

C’est vers 1882 qu’Isidore Dervyn, négociant en pommes de terre à Steenbecque, s’établit avec son épouse Célestine Briffaut au n°15. L’épicerie, charcuterie alimentation générale, devient alors l’un des pivots animés du centre bourg. En 1925, leur fils Louis et son épouse Bernadette Lefebvre, leur succèdent en y joignant la boucherie. Enfin, en 1963, leur fils Jean et son épouse M-Claire Fovet, prennent la suite et transportent en 1969, le commerce familial sur la place, au n°3 de la rue Jules Ferry en y installant une supérette (voir article précédent, du N°3). Cette transmission intergénérationnelle et le savoir-faire familial contribuent à la renommée de la boucherie Dervyn, dans la région. Les marchés et les passages hebdomadaires dans les villes et villages alentours, confirment une notoriété rarement égalée.



Si comme bon nombre d’autres, la famille Dervyn a marqué pendant plus d’un siècle, la mémoire du village, c’est également par son implication dans la vie communale et paroissiale. Certains se souviennent encore de Louis, qui fût conseiller municipale, président du secours catholique, de la pétanque, de la société de chasse et du football. Vers les années 1953, lorsque la Renaissance Norrent-Fontes (aujourd’hui les Intrépides) fût recréé, ses fils (André, Pierre et Jean) intègrent naturellement l’équipe. Jean officiera comme gardien de but et fera même, une saison au stade Béthunois, où ses cabrioles, laissèrent de mémorables souvenirs. Si la transmission du savoir-faire professionnel est une valeur sûre de cette famille, Louis inoculeras également le virus de la chasse à ses fils. « Aux frères Dervyn » l’on associe très vite le talent de fins tireurs. Là également, outre la chasse, Jean excellera aux « ball-traps, tir aux pigeons vivants (jusqu’à son interdiction), tir aux plateaux ou à hélices… Sa passion et son talent lui feront sillonner le globe et acquérir une réputation mondiale. Il affiche à son palmarès 21 titres de champion de France (senior, par équipe et vétéran), ainsi que plusieurs podiums au championnat du monde et au championnat d’Europe vétéran. Aujourd’hui encore, cet éternel sportif et indomptable octogénaire, risque tout, après s’être essayé aux sports extrêmes (nage, plongée de haut-vol, parachutisme, saut à l’élastique, ULM et parapente à moteur...) goûte également aux joies de l’aviation, (hélicoptère, planeur et même de la voltige). Ce passionné n’hésite pas à partager ses sensations avec les habitants de la commune en leur faisant survoler le territoire ou pour les moins téméraires, lever le nez lors de ses passages réguliers.



Au n°13, c’est dans cette maison que naît Marcel Doligez le 17 décembre 1891. Après de brillantes études, il devient ingénieur civil des Mines et de l’Ecole de l’électricité de Paris. Pendant la guerre 14-18, mobilisé au 30e bataillon de chasseurs il fût blessé 8 fois. Sa conduite héroïque lui valut la Croix de Guerre avec citations et fût démobilisé avec le grade de commandant. Chevalier de la Légion d’Honneur le 27 août 1915. Officier de la Légion d’Honneur le 28 septembre 1918. Commandeur de la Légion d’Honneur 6 novembre 1951.


En 1920, il épouse Aline Champier, fille du fondateur des Ets Hyppolyte Champier à Tarare.
Il fût l’un des inventeurs du traitement de la gaze à pansements et donna un nouvel essor à la firme Tararienne, dont il devint PDG. Il fonde également la S.E.F.T.I (société d’expansion pour les tissus fins.) et crée la marque de voiles ‘Plein Jour’.

Il devient également président d’honneur de la Fédération du Tapis et président fondateur de la Fédération nationale de la teinture et de l’apprêt. Marcel Doligez décède à Tarare, le 11 novembre 1979 à l’âge de 88 ans.


Mais le N°13 connut lui aussi son activité commerciale. En effet M Cadart y exerçait au siècle dernier, le métier de bourrelier. Le bourrelier fabriquait les harnais et les colliers nécessaires à la traction animale. Pour les colliers, on partait d'une ossature en bois, que l'on garnissait d'un rembourrage en paille qui était recouvert de cuir. Il confectionnait aussi toutes sortes de sangles, des ceintures et des selles pour les chevaux. Autrefois présent dans chaque village, le métier a presque disparu avec la mécanisation de l'agriculture. Heureusement, l'industrie de la chaussure qui s'est développée à Lillers a fourni une occasion de reconversion pour nombre d'entre eux. C’est à cette époque comme évoqué précédemment que M Cadart s’est reconverti en cabaretier sur la place. En 1961 Madame Rosemonde Picque (sa fille) s’établira jusqu’à sa retraite, au n°13 pour ouvrir son salon de coiffure.




Enfin, nous arrivons, au bâtiment le plus ancien chargé à la fois d’histoire et d’histoires, l’église. Je vous invite donc à lire l’édifice non seulement comme, lieu cultuel mais aussi comme le témoin culturel et historique du passé de la commune au fil des siècles. En effet le bâtiment tel que nous le connaissons aujourd’hui ne correspond pas à celui d’origine (voir croquis ci-dessous). Si l’on ne sait pas de quand date la première église à Norrent-Fontes, l’on peut dater les époques du bâtiment contemporain grâce aux traces laissées dans la pierre et quelques rares écrits.

Ce qui est frustrant quand on essaie de comprendre l’architecture d’une église, c’est qu’elle nécessite de connaître un certain jargon : nef, transept, narthex, travée… Dans leurs discours, les guide-papiers ou physiques ne sont donc pas toujours clairs dès qu’ils s’adressent au visiteur profane. J’essayerai donc, avec vous de déchiffrer le plus humblement possible, cette lecture. Traditionnellement, lorsque l'on décidait de construire une église, l’on choisissait un saint protecteur de cet édifice (le saint patron) ; ce choix était souvent le fait du responsable des biens et revenus de l'église sur le domaine duquel allait être construite l'église : l'évêque, un seigneur, ou une abbaye.



À partir du milieu du Moyen Âge, à l'endroit choisi pour ce qui serait la croisée des transepts, on plantait un grand mât le jour de la fête du saint patron ; cette opération avait lieu au lever du soleil si cette fête se célébrait avant le solstice d'été, ou au coucher du soleil si cette fête se célébrait après le solstice d’été. On notait alors l’ombre portée par le mât, la direction de cette ombre définissant l’axe est-ouest appelé (decumanus) chez les Romains. D’autres opérations s’ensuivaient, tracé du cercle dans lequel s’inscrivaient les quatre piliers du transept tracé définissant le sanctuaire, définition de la nef…etc

Biographie de Saint Vaast


Selon la légende, il instruisit le roi païen Clovis au catholicisme après sa victoire de Tolbiac en 496. La conversion du roi franc, accomplie lors de son baptême par saint Remi (durant laquelle on dit que Vaast tint la couronne), entraîna celle des guerriers de sa suite. Recommandé par le roi, Vaast reçut de Remi la charge des évêchés d'Arras (vers. 499) puis de Cambrai (510), où il lutta contre les différentes croyances qui s'y étaient redéveloppées depuis l'invasion d'Attila, qui avait ruiné la région. La Légende dorée rapporte que peu de temps après son ordination en tant qu'évêque d'Arras, il trouva une église envahie par les ronces et où habitait un loup (ou un ours selon les versions) ; il ordonna à l'animal de partir et de ne jamais revenir, et c'est ce qui arriva. Il mourut en 540 et fut inhumé à Arras, dans la cathédrale. La Légende dorée de Jacques de Voragine raconte que l'imminence de sa mort lui fut signifiée par une colonne de feu qui s'abattit sur sa maison. Au cours des 11e et 12e siècles, les églises romanes offrent une grande variété de plans, qui dépendent de leur importance, de leur destination et de la richesse de leurs commanditaires...L'essor de la démographie et du culte influent également sur leur conception. Leur architecture s'adapte aux besoins du culte : certains espaces sont réservés aux religieux, d'autres destinés aux seigneurs et notables d'autres encore aux fidèles. Les édifices les plus simples, comme les églises paroissiales, se composent généralement de deux éléments : une nef de plan rectangulaire pour les fidèles et un chœur ; cet espace sacré est terminé par une abside le plus souvent semi-circulaire. La majorité des églises romanes sont bâties selon ce plan allongé comme l'église d’Ames. La travée qui se trouve entre la nef et le chœur soutient souvent le clocher comme ici à Norrent-Fontes.




Malheureusement il ne subsiste aucun plan, ni document officiel de l’église « primaire ». Au premier regard il n’échappera pas au visiteur, que la disposition actuelle du chœur ne correspond pas aux préceptes évoqués plus haut. La nef reste en partie l’élément le plus ancien datant de la fin du XV siècle. En 1529, l’Artois appartient aux Hasbsbourg d’Espagne. Lors de la guerre de Trente ans qui opposa Espagnols et Français, l’église fut plusieurs fois détruite. Une première fois en 1537 par les Français du camp de Pernes, puis en 1651 par une troupe Française venue piller le village et qui met le feu à l’église. 142 personnes qui s’y étaient réfugiées périrent asphyxiées ou brulées vives. A la suite de l’effondrement du chœur au cours du XVII siècle provoqué par la chute de la tour, celui-ci fut reconstruit du côté de l’entrée ou il subsiste encore aujourd’hui. La base de l’ancienne tour a été fermée du côté du chœur par un pignon plein sans caractère et surmonté d’une flèche à base carrée, contenant le beffroi, totalement en bois recouvert en ardoises.



Vous pouvez donc vous imaginer l’emplacement de l’ancien chœur, en visualisant l’espace pavé de la place-de parvis située devant l’entrée actuelle de l’église. Un unique vestige de l’ancien chœur reste visible, au N°13. Entre les deux portes de garage au fond de la propriété de Mme Picque. Il s’agit d’une base de colonne, longtemps visible sur le bord de la rue de l’église, en face de l’entrée du cimetière. Sous le nom de « Pierre Prêchoire » elle servait de promontoire au garde champêtre qui, à la sortie des offices proclamait à la cantonade, sur un roulement de tambour ou à son de trompe, diverses décisions officielles (arrêtés municipaux, décrets préfectoraux, ordres de mobilisation générale).

La « Pierre Prêchoire » :



Avec la disparition de la fonction « d’annonceur » du garde champêtre, cette pierre n’ayant plus de fonction, a bien failli disparaître. Au fil du temps, elle fût déplacée petit à petit, pour aboutir rue du 19 mars. Avant qu’elle ne soit enfouie ou réutilisée, M Paul Picque la récupéra pour l’exposer sur son terrain.
Deux importantes sphères en gré ont été sauvegardées et également exposées de chaque côté de ses garages.
Ce sont deux boulets de bombarde qui ornaient les pilastres d’entrée de l’ancienne gendarmerie.





Me Bavière, rapporte dans ses écrits, les notes de Placide Legrain, tirées d’un manuscrit du chanoine Jean Humetz (bibliothèque d’Aire sur la Lys).
« La Guerre en Artois aux environs d’Aire après les deux sièges de la ville. »
Ces notes « quelques peu romancées » dépeignent bien la violence et l’impact qu’a eu l’incendie du 27 septembre 1651, sur la mémoire locale des habitants de la région.

- L’an 1651 la guerre continuant toujours de plus en plus entre la France et l’Espagne, Monsieur de Villequier vint en Artois avec grand nombre de troupes françaises pour tirer des contributions dans les villages aux environs d’Aire et surtout de Lillers cédée aux Lorrains et où ils y tenaient garnison. Il alla pour les attaquer à dessein de surprendre la petite ville (Lillers) et de la brûler entièrement. Mais ne voyant pas clair dans son dessein, il alla attaquer le château de Malannoy, qui était un endroit redoutable aux ennemis, tant par sa situation que par son antiquité. Les Lorrains l’avaient fortifié très régulièrement de bons remparts de demi-lunes, de grands fossés, pour être en état de défense et garantir la ville de Lillers.
Le château gardé par une brigade de Lorraine, Monsieur de Villequier alla les attaquer avec ses troupes. Les Lorrains se mirent en défense, on escarmoucha de part et d’autre à grands coups de mousquet. Cela dura toute la journée, toujours d’un feu continu. Les Lorrains d’un courage intrépide, repoussant toujours les français hors des ouvrages. Monsieur de Villequier voyant ses efforts inutiles se retira avec ses troupes et abandonna l’attaque du château et vint au village de Norrent, pour tirer contribution, comme il l’avait fait aux autres endroits. Mais les habitants de Norrent refusèrent de payer. Il fût ordonné de faire feu sur eux. Ils se défendirent à coup de cailloux, de fourches, de faux, de fléaux à battre le grain et autres instruments de campagne. Tout fût mis en usage pour se défendre. Monsieur de Villequier voyant leur audace, fit mettre le feu partout dans les villages de Norrent et de Fontes. Les habitants voyant tout leur village en feu et en flammes se réfugièrent dans l’église. Plusieurs d’entre eux montèrent dans la tour, gagnant la plombée au-dessus de la tour, pour avoir plus d’aisance à faire voler leurs cailloux sur les soldats français, qui ne manquèrent point de mettre le feu à l’église pour brûler les insolents. Le feu prit avec une telle violence dans la charpente de la tour, que la flamme gagna jusqu’en haut avec telle véhémence, que tous ceux qui étaient retirés dans l’église et dans la tour furent tous étouffés et brûlés. Au nombre de cent quarante-deux personnes, tant hommes que femmes, excepté deux hommes très dévots à Saint Liévin hasardèrent en se réclamant au grand saint, de se laisser glisser en bas de la tour en dehors et se tinrent accrochés aux ancres de fer qui soutiennent la tour et ils y restèrent ainsi suspendus en l’air l’espace de deux heures en sureté, tant qu’on y mit des échelles pour les aider à descendre. Etant en bas ils avouèrent par serment solennel, qu’ils avaient été secourus par l’intervention de St Liévin. On déplora le sort d’une femme enceinte, laquelle voulant sauver du feu son enfant par la sacristie, fût empoignée par un soldat inhumain qui la rejeta dans le feu dans lequel elle expira. Mais ce malheureux ne porta pas loin son crime, car Monsieur de Villequier, étant informé de cette action cruelle, bien loin d’applaudir, le fit pendre à un arbre pour servir d’exemple aux autres soldats…….. A la même époque, la peste sévit à nouveau et cause de grands ravages. La région est dans un état pitoyable de ruine et de désolation. Les quelques lignes suivantes, concernant la ville de Lillers vous donneront un aperçu de l’état d’esprit dans lequel se trouvait la population :



« En 1542, les Français brûlèrent à leur tour Lillers. Il ne resta plus cette fois, que deux ou trois maisons et, en 1545, les habitants vivaient encore sous des tentes ou dans les huttes.
Après une période de paix, la guerre de Trente Ans, sous Louis XIII et Richelieu, dévasta encore la région.
En 1637, la ville fut prise par le maréchal de la Ferté, pour les Espagnols. En 1639, elle fut reprise par le maréchal de la Meilleraye pour redevenir française. Elle fut encore conquise par le Cardinal-Infant d'Espagne en 1640, puis par les Français. En 1641, elle appartint de nouveau aux Espagnols.
En 1645, Lillers fut enlevée par les Français, commandés par le duc de Guise. En 1657, Turenne prit Saint-Venant. En 1659, fut conclu le traité des Pyrénées qui donna l'Artois à la France, sauf Saint-Omer et Aire. En 1710, la région fut le théâtre de la guerre de Succession d'Espagne. En 1710, Lillers fut prise par les Espagnols. Les troupes britanniques, allemandes et néerlandaises ravagèrent le pays. Le 10 octobre 1711, le maréchal de Montesquiou rasa une redoute que les alliés venaient de bâtir. Puis, Marlborough vint établir son quartier général à Lillers d'où il fut délogé le 10 décembre par le marquis de Goesbriand à la tête des troupes françaises. Le traité d'Utrecht mit fin à la guerre en 1713. Lillers était définitivement française. »

L’église St Vaast sort de cette période amputée et mutilée, c’est vers 1675 que l’on entame une première reconstruction. Seule la nef est en partie préservée. La tour carrée en pierre, du clocher effondrée, on arasera celle-ci au niveau de la voûte. L’on peut observer encore aujourd’hui cette décapitation au niveau extérieur de la tourelle de l’escalier, et à l’intérieur dans les combles du clocher.









1789 : La rencontre entre la Révolution Française et l’Eglise a été un choc énorme. Avant la Révolution, l’Eglise catholique de l’époque est religion d’Etat. À ce titre, elle a son mot à dire sur le gouvernement de la France. Elle prélève son propre impôt : la dîme, qui représente une part des récoltes et génère de gros bénéfices, qui sont attribués en priorité aux grandes familles aristocratiques qui laissent des miettes aux petits curés de campagne. Tout juste si l’Eglise consent ce qu’elle appelle le don gratuit, c’est-à-dire un don aux finances du royaume, très largement au-dessous de ce qu’elle donnerait si elle payait l’impôt.
Comme la Noblesse, le clergé ne paie aucun impôt. Tout ça valse une première fois lors de la nuit du 4 août 1789, au moment de l’abolition des privilèges. Mais ça ne s’arrête pas là. En 1791, on demande aux prêtres de prêter serment de fidélité à la Nation. Impossible pour eux qui déclarent ne dépendre que du Pape. Certains acceptent de prêter serment et deviennent ce qu’on appelle les jureurs, d’autres refusent et entrent en clandestinité. Pris, ils sont emprisonnés ou tués.

En 1793 c’est le point ultime du choc. On ferme les monastères et les couvents, les abbayes sont vendues et on en fait des carrières de pierres. On vide les églises des objets du culte. On fond les cloches pour en faire des canons. On ira jusqu’à vider les tombes pour faire du salpêtre. Des églises sont vendues et deviennent, temples, écuries, granges ou entrepôts…
Ex : à Ames l’église sert d’étable, les fonts baptismaux servent d’auge dans une ferme, les murs de l’église sont grattés pour en récolter le salpêtre…. Norrent-Fontes échappe à la vindicte populaire, mais n’échappera pas la vente des biens nationaux.

Ventes des biens nationaux.
- Par adjudication du 19 Nivose an V, (8 Janvier 1797). Le presbytère de Norrent, provenant de la fabrique dudit lieu, vendu au sieur Leprêtre de Norrent pour 1950 francs.
- Par adjudication du 18 vendémiaire an VIII, (10 Octobre 1799). Une église située à Norrent-Fontes provenant de la fabrique dudit lieu, adjugée à Louis Pigouche, demeurant à Norrent-Fontes pour la somme de 100.200 francs. En exécution de l’article 2 de l’arrêté des consuls du 10 ventose an X (1 Mars 1802), cette somme est réduite à celle de 1.500 francs en numéraire.

Sur la façade de l’église, le grand portail en chêne à deux vantaux, (installé en Juillet 1885), donne l’accès au narthex (1), desservi par le tambour de porte, avec balustrade (ou tribune) soutenue par quatre piliers massifs. Ce tambour exécuté dans les Ateliers de M Pattein sculpteur ébéniste à Hazebrouck, est une commande du maire, Edouard Cossart qui par l’intermédiaire de sa sœur l’offre à l’église, en 1894. (Prix 2.640 francs).

(1)(appelé parfois, sas, avant-nef ou vestibule).







L’on accède à la tribune, par un escalier hélicoïdal en bois, élégamment dissimulé dans une tourelle plaquée de boiseries. En retrait de la balustrade contre le mur se trouvait jusqu’en 1990, la grande toile et son cadre, de Saint Vaast guérissant un aveugle. Au plafond la croisée d’ogives est perforée d’un trou central permettant l’ascension des cloches.







A droite de la nef, creusée dans l’épaisseur du mur, se trouve aujourd’hui la chapelle dédiée à ND de Lourdes. C’est dans cette niche à la clef de voûte datée 1854 et au ciel autrefois étoilé que se situaient les fonts baptismaux. Dans le rituel catholique, les fonts-baptismaux servent typiquement aux baptêmes par aspersion. Ils sont généralement situés au fond de l’église pour symboliser que l’accession au culte passe par le baptême. A la suite, dans les panneaux de demi-revêtement de style néo-gothique qui ornent le mur, se dissimule la porte d’accès au clocher. Au pied de l’arcade en grés, se dresse le mémorial, des quarante-neuf soldats de la paroisse décédés au cours de la Guerre de 1914 à 1918. Cette Piéta en chêne fût offerte par le curé doyen chanoine Edouard Tondelier.




Alfred Joseph, Barbier Gabriel, Barel Gustave, Berdou Augustin, Beugin Abel, Beugin Jules, Bodelle Joseph, Cadart Léonce, Cailliez Gédéon, Caron Emile, Cocud Henri, Collier Hector, Cossart Léon, Deboffe Henri, Delacuisine Aimé, Delacuisine Ernest, Delacuisine Jules, Delattre Louis, Deligny Charles, Delmarre Auguste, Déquenne Adulphe, Déquenne Emile, Déquenne Paul, Dereumetz Maurice, Deschodt Paul, Duhamel Edmond, Duhamel Maurice, Dupuis Léon, Filbien Paul, Férez Aimé, Fréville Augustin, Knuyndt François, Lodez Emile, Legrand Jules, Lenglet Henri, Lenoir Joseph, Leroy Ernest, Lourme Valentin, Marchand Emile, Marien Emile, Matton Jules, Mazingarbe Edouard, Monel Fernand, Mulet Charles, Pottier Augustin, Steenkerque Cyr, Wallart Henri.

La pierre tombale en marbre blanc, enchâssée dans le mur droit de la nef, est sans nul doute un des éléments récupéré et conservé, datant de l’ancienne église. En effet cette dalle funéraire devait se trouver au sol, soit dans le chœur, soit sur un lieu de passage l’y conduisant.





L’usure de la sérigraphie ne peut s’expliquer dans sa position actuelle. Il est plus plausible que les piétinements et les frottements de semelles, en sont certainement la cause.

L'inhumation dans les églises remonte au haut Moyen Âge. L'âme d'un corps placé dans l'église était supposée aller plus vite au paradis. Les places les plus prisées étaient situées au plus près du chœur, de même que dans le cimetière situé autour de l'église, on se disputait les places le plus près de l'abside. Réservée, à l'origine, au haut clergé, la place dans l'église fut ensuite accordée aux nobles, fondateurs de l'église.

Puis des paroissiens, bienfaiteurs de l'église, obtiennent la possibilité d'avoir une tombe familiale. Il arrivait aussi que l'hiver, le sol gelé ou la neige empêchât de creuser la fosse, le recours était alors l'inhumation dans l'église. Il semble que vers la fin du XVIIème siècle, la coutume se démocratisa en ce sens qu'il suffisait de payer une certaine somme à la fabrique (gestionnaire des ressources matérielles de la paroisse) pour obtenir ce droit. Ceci entraîna probablement des abus et en 1776, un édit de Louis XVI interdit cette pratique pour des raisons évidentes de salubrité.

La chaire est un meuble d'où le prêtre s'adressait aux fidèles, à une époque où le microphone n'existait pas, afin d’être entendu par le plus de monde possible. Elle se trouve au coin de la nef et de la croisée du transept, contre un pilier



Traditionnellement, elle est placée « du côté de l'évangile » (donc à gauche pour l'observateur, côté nord si l'église est orientée) dans les églises normales. En chêne, de style néogothique elle est composée d’un pied central hexagonal qui supporte la cuve de même forme, pour y accueillir l’orateur. Elle est ornée de quatre bas-reliefs, représentant les quatre évangélistes. (Matthieu, Marc, Luc et Jean). À l'arrière, le dossier relie la cuve à la partie supérieure appelée « abat-voix ». L'abat-voix est orné de la colombe du Saint-Esprit qui symbolise l'inspiration divine du sermon, ainsi que du soleil de la Sainte-Trinité qui illumine les cœurs et les consciences. Les douze rayons figurent quant à eux les douze apôtres. Un portillon battant donne accès à l’escalier qui longe le mur et débouche dans la partie droite du transept.
Sur le pied un cartouche gravé, rappelle que ce mobilier (des ateliers Buisine-Rigot ébéniste sculpteur à Lille) est un don de Mr Edouard Cossart Maire, en 1883 (coût 2000fr). Le fond de la partie droite du transept est occupé par l’un des deux confessionnaux (des ateliers Buisine-Rigot), de chaque côté duquel, sont disposés deux plaques commémoratives. Celle de droite énumère les noms des curés Doyens de Norrent-Fontes de 1802 à 1959. Celle de gauche, rend hommage au Curé Pierre Topping.


Sur le côté un autel composé d’éléments dissociés est composé de la base réalisée en moellons blancs (pour le chœur) et d’une table en marbre de l’ancien autel de la chapelle St Michel (école ND du Bon Conseil).

Le chœur et sa modification



Le rite Romain n’est pas resté figé et a subi de nombreuses modifications depuis le concile de Trente, à l’initiative du Saint-Siège. La dernière transformation du rite a été codifiée par le pape Paul VI en 1969. C’est sous cette forme que la messe est célébrée dans la langue locale et non plus uniquement en latin. De plus le Concile Vatican II, de 1964 recommande de séparer l’autel du mur de l’église, en reprenant les usages anciens et l’on installe à nouveau un autel en forme de table sur lequel le prêtre va célébrer face à l’assemblée des fidèles, par opposition à la pratique d’une célébration dans le même sens que les fidèles sur un autel attaché au mur de l’édifice. La réforme liturgique conduit également à l’élimination du banc de communion afin de ne plus avoir de séparation physique entre les deux espaces (chœur et nef). Ce banc de communion de style gothique provenait également des ateliers Buisine à Lille. Don de la famille Wambergue Matton, il a disparu depuis. La réception de la communion à genoux et sur la langue remonterait en pays franc au Haut-Moyen-Age. Tolérée la communion dans la main, n’a jamais eu l’accord ni des Papes, ni du Concile, ni des évêques. Elle est simplement le fruit de "modernistes" en rébellion contre la volonté du pape et des évêques, donc contre le Magistère de l’Église.
Le maître autel de style gothique, visible sur la photo, fût installé le jour de Pâques (23 avril 1862). Le haut relief qui se situait sous l’autel, représentant l’adoration des rois mages fût béni le 7 novembre 1863. Après avoir été démonté et remisé en partie, l’autel fût réinstallé à la place de celui en moellons à la fin du XXe siècle. Le tabernacle quant à lui fût placé à la même époque sur un socle à gauche du chœur. Un ensemble de trois stalles dont les appuie-mains sont sculptés de têtes d’anges de qualité et les sièges équipés de miséricordes(1), proviennent très probablement de l’ancien chœur et dateraient du XVIe siècle.

(1) miséricorde : également appelée patience ou crédence, est une petite console fixée à la partie inférieure du siège pliant d'une stalle de chœur. Elle permet au clerc ou au moine qui participe à l'office divin de prendre appui sur elle lorsqu'il se tient debout et que son siège est relevé.


Arrivé de nouveau à l’angle du sentier de Warenghem et de la rue de l’église, sur notre droite nous nous engageons vers la rue du 19 Mars autrefois la rue de la Cense. Au N° 3, s’élève la plus ancienne des deux boulangeries encore présentes aujourd’hui sur la commune. C’est le 1er Janvier 1961, que M Hameaux (originaire de Beuvry) et son épouse (Normandie), succèdent avec leurs enfants, à la boulangerie de M Delange, au 10 rue Pasteur. Pour alimenter le four à bois, ils exploitent, les bois de Rombly.



Très vite, l’entreprise prospère, et le couple confie à l’architecte M Danbrune, son projet de transposer son entreprise près de l’église. C’est donc en 1967, qu’est inaugurée la nouvelle boulangerie, rue du 19 Mars, à l’emplacement d’un ancien corps de ferme, sur une partie duquel s’élève déjà (au n°1) l’habitation de M Paul Coq que le couple acquerra pour faciliter son installation.



L’amour du pain à « l’ancienne » du boulanger, l’accueil toujours souriant de la boulangère et l’implication des deux fils Hubert et Serge, pour les livraisons à domicile avec l’inoubliable Juva 4, rendent l’entreprise florissante.
Pourtant la concurrence est rude, car l’époque, en résonnance de l’après-guerre est à la mode du pain blanc. Dès son implantation, la boulangerie ne passait pas inaperçue, aux regards des passants étrangers au village. En effet les Norrent-Fontois se souviennent de la folle passion d’Hubert, pour les grosses mécaniques. Passion qui débordait largement sur la rue, de ces grosses américaines aux chromes rutilants qui contrastaient avec l’étroitesse du chemin.
En Juillet 1984, le couple prend sa retraite. Pendant 10 ans M Thorel exploitera la boulangerie, suivi durant 20 ans de M Moranval, et d’autres… Jusqu’en février 2019, où M et Mme Grincourt dirigent la boulangerie « AU P'TI GRAIN ».

Une particularité interpelle encore aujourd’hui le passant. Pourquoi ces céramiques enchâssées dans la façade ?
Est-ce une fantaisie de l’architecte, une rencontre ou amitié du boulanger et de l’artiste ? Nul, ne sait. Et que représente ce décor si atypique composé d’hiéroglyphes ?
La signature de l’artiste, lève le voile sur une partie de l’énigme.
Lucien De Gheus né le 20 mars 1927 et décédé le 17 juin 2013 à Poperinge (Belgique) sculpteur et céramiste, a connu un vif succès dans les années 1950/1960, avec ses sculptures souvent religieuses et ses objets en céramique et relief de façade.



A partir de 1944, De Gheus suit le cours général des Arts décoratifs à l'Institut Saint-Lucas de Bruxelles-Schaerbeek, complété par la sculpture en cours du soir. Après des études réussies, il est admis en 1950 à l'Atelier Libre de Dessin de Woluwe-Saint-Lambert, où il entre en contact avec Oscar Jespers, Edgard Tytgat et le peintre Maurits Verbist, qui devient un ami de longue date. Il commence sa carrière dans sa ville natale de Poperinge. Deuxième prix de sculpture Province de Flandre occidentale en 1953 avec la sculpture (Dancing Female Figure) marque la percée et à l’Expo 58 à Bruxelles il remporte la médaille d'or pour la céramique.
Le renouveau de l'art religieux dans les années 1950 et 1960 se traduit par de grandes commandes comme la Madone pour la chapelle Notre-Dame de la Paix à Heist-op-den-Berg en 1961. La céramique, incorporée à l'architecture ou comme objet à part entière, donne forme à son monde fantastique : les sculptures, les plats et les plaques sont narratifs, merveilleux et espiègles, et toujours idiosyncratiques De Gheus.
En 1961, Sept ans après son mariage avec Suzanne Druant, il emménage dans une nouvelle maison à Poperinge, au 80 Westouterstraat, La maison est un échantillon des différentes disciplines dans lesquelles il excelle : vitrail, céramique pour sols et appuis de fenêtres, mobilier avec incrustations de céramique, sculptures et peintures. Depuis sa mort en 2013, ce patrimoine est géré par la Fondation Privée Lucien De Gheus - Druant, qui ouvre la maison au public. La Maison-musée abrite une importante collection de céramiques et de sculptures De Gheus de 1947 à 2005 environ.





Il est possible que l’artiste ait été influencé par le Traité Complet sur la fabrication et le commerce du pain, rédigé en 1778 par M. Antoine, Augustin Parmentier, pharmacien militaire, agronome, nutritionniste et hygiéniste français. Dans le chapitre premier de ce traité, composé de six chapitres, l’on peut lire : Chapitre premier. – Du blé. Art. I. – De l’origine du blé. Art. II. – De la nature du blé. Art. III…… etc L’inspiration égyptienne des céramiques est certainement due, à la question controversée de l’origine du pain. L'Égypte pharaonique est l'une des premières civilisations où l'on voit clairement apparaître des techniques de fabrication de pains, et des corporations identifiées comme "boulangers" et "pâtissiers". Ces pains étaient cuits dans des moules. Etaient-ils ensemencés avec du levain, ou fermentaient-ils spontanément, grâce aux levures présentes sur les ustensiles de cuisine mal lavés ? Ces questions relèvent encore de la recherche. Une chose est sûre. Les pains de cette époque ne ressemblaient pas aux pains européens faits de blé tendre, car seul ce type de blé possède les caractéristiques qui lui permettent d'emprisonner des bulles de gaz et de "lever" pour donner cette structure alvéolée qui plaît tant aux Européens. Les blés d'orge ou d'amidonnier étaient bien plus compacts. Il existe en France de nombreux odonymes « Rue du 19-Mars-1962 », sous diverses graphies, en référence à un événement contemporain majeur survenu à cette date : le cessez-le-feu du 19 mars 1962, qui marque la fin de la guerre d'Algérie, selon la FNACA, au lendemain de la signature des accords d'Évian, bien que les violences aient perduré après cette date. A Norrent-Fontes la rue du 19 Mars, inaugurée en 1970, succède à la rue de la Cense, qui aboutissait autrefois à la ferme du château, qui devint gendarmerie et fût détruite par un incendie, en 1940.




A l’initiative de M Serge Cocq, président de la FNACA, la plaque de la rue du 19 mars est remplacée et rehaussée de précisions : « Rue du 19 Mars 1962, Cessez le feu en Algérie ».







Au N°10 le Vicariat s’élève au fond d’un cul de sac. Cette construction « rouge barre » date de 1782. Logement des vicaires puis des instituteurs, jusqu’en 1906, il fût vendu aux enchères en 1909, pour la somme de 3.750 frs, à M Jules Deschodt Berthelet, commis du greffier de la Justice de Paix.
Monsieur Francis Delacuisine recueille l’habitation par succession et la vend en 2014. Depuis d’autres propriétaires se sont succédés en lui conservant son cachet.
Dans le virage de la rue du 19 mars, à droite du N° 17 (habitation de Melle Bernadette Bavière), s’élevait la Cense, ancienne ferme du château de Norrent.




Derrière le n°17, s’étendaient autrefois une zone marécageuse, au milieu de laquelle émergeait une motte (encore visible aujourd’hui). Cette zone asséchée depuis, par de nombreux fossés, accueillait le château, dont l’emplacement de ses ruines, apparaît encore sur la carte des Consorts Masse de 1729. Il fût probablement détruit entre (1537/1651), période de troubles incessants, dans lesquelles fût plongée la région. Seule la (Cense) ferme subsistait et dû être certainement reconstruite et remaniée à plusieurs reprises, avant son occupation par la gendarmerie jusqu’en Juillet 1940. A cette date, l’épouse d’un gendarme oublie le feu qui couve sous une lessiveuse, et qui embrase le bâtiment dans la nuit.

La légende locale, date la destruction du château au moment de la révolution, suite à l’assassinat de Monsieur le Comte de Marbais, Seigneur de Norrent, dans le «bas de Fontes». En fait il s’agit de son fermier : Jean Antoine Dupont, qui fût assassiné dans la cour de la Cense.

Transcription de l’acte de décès :
Décès du 23 mai 1782 de Jean Antoine Dupont, ancien Bailly assassiné à cinquante-sept ans. «Avec la permission du procureur du Roÿ, des baillages Royäl et ville d’Aire, ainsi que des officiers de la justice du village, terres et seigneurie de Norren, signé par le bailly et les gens de fief par nous curé de la paroisse de Saint Hilaire et Cottenes soussigné a été inhumé dans le cimetière de la paroisse de Norren le corps de Jean Antoine Dupont, ancien bailly dudit lieu, natif de la paroisse de Norren, décédé en célibat âgé de cinquante-sept ans aux environs, trouvé ce matin sur les cinq heures, assassiné sur le fumier dans sa cour ; fils des feus Antoine Dupont et Marie Anne Delporte, ses père et mère. Ont assisté comme témoins à son enterrement, Jean François Gabriel Dupont, son frère germain, demeurant à Fontenes ; Pierre Antoine Hotricq demeurant à Thiennes ; Guilain Gabriel Hotricq demeurant à Béthune, ses deux neveux maternels avec nous soussignés.
Ghis, curé de Saint-Hilaire et Cottenes.

La Seigneurie de Norrent : L’absence d’archives nous prive de l’origine exacte de celle-ci. Seuls quelques textes, écrits et actes glanés ici et là, nous attestent son existence. Me André Bavière, dans ses écrits, nous en fait part.
- Nord Matin 1966 : Norrent a appartenu aux XIIe et XIIIe siècles à une famille qui en prit le nom et dont le château fût détruit au cours des guerres, français / espagnols. Norrent fût vendu en 1778 à la famille Marbaix. (Acte non trouvé)
-Dans l’histoire du prieuré Saint André de Witternesse, par le Comte Galametz on trouve : Bauduin de Norhem, Chevalier et Sire de Meteke époux de Mabilie, vivant en 1242, au temps de Manassés bailli d’Aire.
- Dans le rôle des hommes du château d’Aire, convoqués par Robert Comte d’Artois pour aller en armes à Calais contre Edouard roi d’Angleterre, on trouve Messire Williaumes sire de Norem.
- Alexandre sire de Norhem, Chevalier qui fût à la chevaichée de Saint Omer en Août 1306.
- Dans l’épigraphie du Pas de Calais (tomeV arr de St Omer page 608 Aire sur la Lys), Chronologie des grands baillis ou capitaines de la ville d’aire (1207/1789) et dans le bulletin des antiquaires de la Morinie tome III … il est fait mention en 1439 de Messire Jacques de la Viefville, chevalier de Norren, conseiller et chambellan du Duc de Bourgogne, inhumé dans la collégiale St Pierre.